Échantillons de coton lin et soie teints en bleu de Prusse au cyanotype comparés aux synthétiques

Quel tissu choisir pour le cyanotype selon votre projet

Écrit par Éric Marais

Pour choisir un tissu pour le cyanotype, partez du rendu souhaité : un coton polyvalent pour les premiers essais, un lin texturé pour les motifs francs ou une soie fine pour les pièces légères. Visez une étoffe composée à cent pour cent de fibres naturelles, blanche ou écrue, puis lavez-la à l’eau chaude sans adoucissant. La réaction du cyanotype a besoin d’une fibre qui absorbe la solution et la retienne. Un même geste peut donc donner un bleu profond sur une étoffe et un lavis pâle qui part au rinçage sur une autre.

En bref, en 5 étapes :

  1. Lire l'étiquette et viser cent pour cent de fibre naturelle
  2. Préférer le coton ou le lin pour débuter, la soie ensuite
  3. Choisir un tissu de poids moyen, blanc ou écru
  4. Laver le tissu à l'eau chaude sans adoucissant
  5. Faire un essai sur une chute avant la pièce entière

Cette page reste sur ce premier choix, celui de la matière, sans entrer dans le tirage ni dans la fixation, traités dans notre guide sur le cyanotype sur tissu. Le but est de savoir, en magasin ou devant votre placard, quelle pièce vous donnera de quoi travailler.

Pourquoi les fibres naturelles prennent le bleu

Le cyanotype dépose dans la fibre un pigment, le bleu de Prusse, qui naît de la réaction des deux sels de fer sous les ultraviolets et reste insoluble une fois formé. Pour que l'image tienne, il doit s'accrocher à la matière même du fil.

Les fibres naturelles d'origine végétale, le coton et le lin en tête, sont faites de cellulose, une matière poreuse qui absorbe la solution aqueuse en profondeur et la retient. Le pigment se forme au cœur de la fibre et y reste ancré, d'où un bleu dense qui résiste au rinçage. Le coton et le lin sont ainsi les valeurs sûres du cyanotype sur textile, comme le papier aquarelle l'est du côté du support papier.

La soie, fibre naturelle d'origine animale faite de protéines, fonctionne elle aussi très bien et donne des bleus lumineux sur une matière fine et fluide. Elle boit la solution différemment du coton mais l'accueille pleinement, avec un rendu délicat prisé pour les foulards et les pièces légères.

Les tissus synthétiques à éviter

Les fibres synthétiques sont le principal piège du débutant. Le polyester, le nylon ou l'acrylique sont des matières plastiques, lisses et non poreuses, qui laissent la solution en surface. Le pigment n'a rien où s'accrocher, et le bleu s'en va presque entièrement au premier rinçage. La pièce trompe d'abord, paraissant bleue tant qu'elle est humide, puis se vide dès le lavage. Un cas revient en atelier, le tee-shirt présenté comme coton qui contient en réalité une part de polyester, suffisante pour gâcher le tirage.

Les mélanges méritent la même prudence. Un coton-polyester prend le bleu en proportion de sa part de coton, et plus celle-ci est faible, plus le rendu est pâle et fragile. On vise une matière annoncée à cent pour cent naturelle, et l'étiquette de composition reste le premier réflexe, avant la couleur ou la coupe.

Choisir la fibre selon le rendu et l'usage

Parmi les fibres naturelles, le choix se fait selon le rendu recherché et l'usage de la pièce. Le coton est le plus accessible et le plus polyvalent, du tee-shirt au tote bag à personnaliser en passant par le drap et le torchon, idéal pour les premiers essais tant il pardonne et donne un bleu franc.

Le lin, plus rustique et plus texturé, offre un bleu profond et un grain visible qui donne du caractère aux photogrammes végétaux et aux aplats. Sa trame irrégulière convient bien aux pièces décoratives, coussins, nappes et panneaux.

La soie joue dans un autre registre, celui de la finesse, avec des bleus clairs et nuancés. Délicate, elle demande une manipulation plus douce et vient plutôt ensuite, quand le geste est en place.

Quel grammage et quelle armure choisir

La matière ne fait pas tout, le poids et le tissage comptent aussi. Le grammage, le poids au mètre carré, joue sur la quantité de solution retenue et sur la tenue une fois mouillé. Un tissu trop léger se gorge mal et se déforme, un tissu très épais sèche lentement. Un coton de poids moyen, ni voile ni bâche, donne le meilleur compromis, qu'il s'agisse d'un drap, d'une popeline ou d'un tee-shirt de bonne épaisseur.

L'armure, la façon dont les fils sont tissés, influe aussi. Une trame serrée et régulière restitue mieux les détails fins d'un négatif, tandis qu'un tissage lâche et texturé sert les empreintes d'objets et de feuillages. La surface oriente le résultat sans bon choix dans l'absolu, comme le grain sur le papier.

Des mains comparent l’épaisseur et la transparence de deux tissus clairs.

Comparer l’épaisseur et le tissage de deux étoffes avant de choisir le support.

Préparer le tissu avant de sensibiliser

Un tissu neuf n'est pas prêt tel quel, et cette préparation vite négligée conditionne la prise du bleu. La plupart des textiles du commerce portent un apprêt, un traitement qui les rend lisses et empêche la solution de pénétrer la fibre, comme une matière synthétique.

Le geste qui règle ce point est simple, on lave le tissu à l'eau chaude, sans adoucissant, puis on le laisse sécher. Ce lavage retire l'apprêt et les résidus de fabrication et rend à la fibre sa capacité d'absorption, même sur une pièce qui paraît propre. L'adoucissant dépose lui aussi un film qui referme la fibre et contrarie la réaction, il est donc à proscrire.

Une fois lavé et bien sec, le tissu est prêt à recevoir le mélange des deux sels de fer, le citrate d'ammonium ferrique et le ferricyanure de potassium à parts égales, selon la recette du cyanotype. Il reste ensuite à enduire l'étoffe, l'insoler puis la fixer pour qu'elle tienne au lavage. Le kit cyanotype fournit ces deux sels en flacons, avec deux pipettes de dosage. Le ferricyanure est peu toxique aux doses du procédé, mais peut libérer du cyanure au contact d'un acide ou sous les UV en solution.

La solution s'applique au pinceau large pour un motif localisé, ou par trempage pour une couleur uniforme. Le tissu s'expose ensuite de quelques minutes en plein soleil d'été à plusieurs dizaines de minutes par temps couvert, un peu plus longtemps qu'un papier. Le rinçage d'un cyanotype sur tissu se fait enfin à l'eau froide, abondamment, jusqu'à ce que l'eau ressorte limpide.

Le bon réflexe avant de se lancer

Choisir un tissu pour le cyanotype tient en peu de chose, une fibre naturelle, coton, lin ou soie, à cent pour cent, lavée avant emploi sans adoucissant, de préférence blanche ou écrue, car le bleu translucide se fond dans les tissus foncés ou de couleur et y perd son contraste.

Sur cette base saine, le bleu a de quoi s'ancrer et la pièce tient au lavage, là où un synthétique ou un mélange trop pauvre en coton condamne le tirage avant même le soleil. En cas de doute, un test sur une chute montre comment la matière prend la solution avant d'engager un vêtement entier.

Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.