On associe le sténopé au papier, à la chimie et à la longue pose argentique, mais le procédé tient à une seule chose, un trou qui remplace l'objectif, et rien n'empêche de placer ce trou devant un capteur numérique. Si vous possédez déjà un reflex ou un hybride, vous avez de quoi goûter au rendu du sténopé sans bain ni chambre noire, en remplaçant l'objectif par un bouchon percé. Cette page explique comment transformer un appareil numérique en sténopé avec un bouchon percé, puis comment régler la prise de vue.
En bref, en 7 étapes :
- Choisir un bouchon de boîtier adapté à la monture de votre appareil, déjà percé ou à percer soi-même
- Percer le centre du bouchon d'un trou de cinq à dix millimètres
- Coller côté intérieur un carré d'aluminium fin percé à l'aiguille et ébavuré
- Visser ou clipser le bouchon à la place de l'objectif
- Passer le boîtier en mode manuel, sans chercher de mise au point
- Installer l'appareil sur un trépied et déclencher au retardateur ou à la télécommande
- Ajuster la pose et les ISO en lisant l'écran et l'histogramme
C'est une porte d'entrée commode, qui donne la douceur et la profondeur de champ du procédé avec le confort de l'aperçu immédiat. Si le principe du trou reste à éclaircir, le guide complet du sténopé en pose les bases.
Le principe du sténopé sur un boîtier numérique
Un appareil à objectif interchangeable, reflex ou hybride, expose son capteur dès qu'on retire l'optique. À la place, on visse ou on clipse un bouchon de boîtier percé d'un sténopé, et la lumière n'atteint plus le capteur que par ce trou minuscule, exactement comme elle atteindrait le papier au fond d'une boîte.
Le capteur joue alors le rôle de la surface sensible et enregistre l'image projetée par le trou, avec ce flou enveloppant qui fait la signature du procédé, sauf que le résultat s'affiche à l'écran au lieu de dormir dans une émulsion. Tout repose sur la distance entre le trou et le capteur, qui tient lieu de focale et décide du cadrage, courte sur un boîtier et donnant un champ assez large.
Le capteur remplace le papier : la lumière ne l'atteint que par le trou du bouchon percé.
Percer un bouchon ou l'acheter déjà percé
Deux chemins mènent au même résultat, et le choix dépend surtout de l'envie de bricoler.
Le plus simple consiste à acheter un bouchon déjà percé, vendu pour la monture de votre marque, avec un trou calibré et propre. C'est la voie sûre, sans risque pour le capteur et sans tâtonnement, et elle revient à quelques euros.
L'autre chemin, plus dans l'esprit du sténopé, consiste à percer un bouchon de boîtier ordinaire. On en perce le centre d'un trou de cinq à dix millimètres, puis on colle par-dessus, côté intérieur, un petit carré d'aluminium fin percé du vrai trou à l'aiguille et ébavuré au papier de verre. Le geste est le même que pour une boîte, détaillé dans fabriquer un sténopé, et la logique du diamètre du trou s'applique à l'identique, un trou plus petit donnant une image plus nette mais plus sombre.

Les réglages du sténopé numérique en pose longue
Sans objectif, l'appareil ne mesure plus l'ouverture et ne fait plus la mise au point, ce qui oblige à passer en commande manuelle et à raisonner autrement.
Le boîtier doit être en mode manuel, car l'automatisme ne sait pas travailler sans optique. La mise au point ne se règle pas non plus, le sténopé rendant tout le champ avec la même approximation, du premier plan à l'horizon.
Le trou laisse passer très peu de lumière, l'équivalent d'une ouverture minuscule, ce qui impose des poses longues, de la fraction de seconde en plein soleil à plusieurs secondes en intérieur. Un trépied devient vite indispensable, et le retardateur ou une télécommande évitent le flou de bougé au déclenchement.
Côté sensibilité, on monte les ISO pour raccourcir la pose quand la lumière manque, en acceptant un peu de bruit, ou on les garde bas pour une image plus propre. L'écran et l'histogramme vous disent aussitôt si l'exposition tient, et c'est là tout le confort du numérique, on corrige et on recommence sans rien gâcher.
Ce que donne vraiment le rendu sur capteur
L'image garde la douceur caractéristique du sténopé, ce flou léger qui enveloppe toute la scène, et cette profondeur de champ presque infinie où rien n'est vraiment net mais où tout se tient sur le même plan. Sur ce point, le capteur restitue fidèlement ce que le trou projette.
Vous retrouvez aussi le rapport au temps propre au procédé, puisque la pose longue étire le mouvement, lisse l'eau et fait fondre les passants. C'est bien du sténopé, avec son tempo lent.
Ce que vous ne retrouvez pas, c'est le grain argentique et la matière du papier. Le capteur a sa propre signature, plus lisse, et la part de hasard chimique disparaît au profit d'un résultat plus prévisible. Le rendu est proche, mais la peau de l'image n'est pas la même.

Les limites du sténopé sur un appareil numérique
La principale gêne tient à la poussière sur le capteur. Boîtier ouvert, sans objectif pour le protéger, le capteur s'expose aux particules, et la moindre poussière se voit d'autant plus que le trou rend tout le champ uniforme.
Le geste du développement disparaît aussi, celui où l'image surgit sous vos yeux dans le bain. On obtient un fichier, pas un tirage fait main, et l'aperçu immédiat retire au procédé une part de son attente et de sa surprise. Ce n'est ni un défaut ni un avantage, juste un autre rapport à l'image, que le comparatif sténopé et numérique détaille pour ceux qui hésitent entre les deux mondes.
Pour qui le sténopé numérique est une bonne entrée
Cette approche convient à qui possède déjà un reflex ou un hybride et veut essayer le sténopé sans investir dans la chimie ni se confronter d'emblée au papier. On découvre le rendu, on apprend à raisonner en pose longue et en mode manuel, et on voit aussitôt si le regard du procédé nous parle.
C'est aussi un bon terrain pour s'exercer à l'estimation de la lumière, l'aperçu immédiat servant de retour direct là où l'argentique impose d'attendre le tirage. La logique reste celle du temps de pose au sténopé, mais on la teste sans rien consommer.
Reste que le sténopé numérique ne remplace pas l'expérience argentique complète, celle où l'on charge le papier en lumière rouge, où l'on attend sans rien voir, puis où l'image surgit dans le révélateur. Pour vivre cette chaîne entière, le kit Sténoflex réunit dans une boîte la chambre noire à sténopé, le papier photo, le révélateur et le fixateur liquides concentrés en deux flacons de 15 ml chacun, le filtre rouge et la table d'exposition. Conçu en France en 2009 pour l'initiation, c'est l'outil que nous employons en atelier pour faire passer une première photo en une séance.
Le boîtier percé et le kit ne s'opposent pas, l'un fait goûter le rendu sans chimie, l'autre fait vivre le procédé de bout en bout, et beaucoup commencent par le premier avant de passer au second.
Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation au sténopé et au développement argentique.


