Illustration d’un Sténoflex posé sur un rebord en pierre pour rester immobile pendant la pose.

Comment estimer le temps de pose au sténopé

Écrit par Éric Marais

Au sténopé, le temps de pose va de quelques secondes en plein soleil à plusieurs minutes à l'ombre ou en intérieur : partez d'un ordre de grandeur selon la lumière, faites un essai, puis rallongez si l'image sort trop claire et raccourcissez si elle sort trop sombre.

On ne déclenche pas vraiment, on attend, car la lumière met du temps à traverser le trou et à s'imprimer sur le papier. Ce temps se compte en secondes, parfois en minutes, et c'est lui qui décide de la photo.

Le temps de pose est la durée pendant laquelle la lumière entre dans la boîte, et au sténopé il est toujours bien plus long qu'avec un appareil classique.

Pourquoi le temps de pose au sténopé est si long

Deux raisons s'additionnent.

La première tient au trou. Sans lentille pour concentrer la lumière, le sténopé se contente de la filtrer par un orifice minuscule, si bien qu'il entre très peu de lumière à la fois. C'est le principe même du procédé, expliqué dans le guide pratique du sténopé, où ce trou agit comme un diaphragme extrêmement fermé.

La seconde tient au papier. Le papier photo noir et blanc utilisé en sténopé est peu sensible, de l'ordre de 3 à 6 ISO, alors qu'un film argentique courant est bien plus réactif. Le papier réclame donc beaucoup plus de lumière pour réagir.

Avec peu de lumière qui entre et un support qui en demande beaucoup, la pose s'allonge mécaniquement.

Comment calculer le temps de pose au sténopé

Il n'existe pas de chiffre unique, car le temps dépend de la lumière du moment, de votre trou et de votre papier. On estime, on teste, puis on ajuste.

La table d'exposition comme point de départ

Le kit Stenoflex fournit une table d'exposition qui donne un point de départ selon les conditions de lumière : 20 s au soleil, 30 s par soleil voilé et 40 s sous les nuages, avec le papier du kit. Vous partez de ce repère, vous déclenchez, puis vous notez le résultat.

C'est une base et non une vérité, car deux jours de plein soleil ne se valent pas. La table oriente, mais votre œil tranche.

Le test d'exposition pour affiner la pose

La méthode la plus fiable reste l'essai. Faites une première photo avec le temps estimé, puis développez-la : si elle est trop claire, la pose était trop courte, et si elle est trop sombre, elle était trop longue.

En atelier, c'est l'étape qui fait progresser le plus vite, car la première photo sert rarement de chef-d'œuvre mais de mesure.

Noter chaque pose pour ajuster la suivante

Notez chaque pose en consignant la lumière, la durée et le résultat. Au bout de quelques photos, vous lisez une scène d'un coup d'œil et vous savez vers quelle fourchette aller, et c'est cette mémoire qui remplace peu à peu la table.

Les temps de pose selon la lumière

Voici quelques ordres de grandeur, qui restent des points de départ et jamais des certitudes, puisque votre papier et votre trou décalent tout.

Lumière Ordre de grandeur
Plein soleil quelques secondes à quelques dizaines de secondes
Ciel couvert dizaines de secondes à une minute ou deux
Ombre, fin de journée plusieurs minutes
Intérieur près d'une fenêtre de longues minutes

Retenez la logique plus que les nombres : moins il y a de lumière, plus la pose s'étire, et elle s'étire vite.

Repères de la carte Sténoflex : soleil 20 secondes, soleil voilé 30 secondes, nuages 40 secondes ; tester puis ajuster.

Ordres de grandeur pour un sténopé sur papier. Avec le Sténoflex, partez plutôt des repères de sa carte « Temps de pose conseillés » : 20 s au soleil, 30 s par soleil voilé, 40 s sous les nuages.

L'effet Schwarzschild sur les longues poses

En faible lumière, la pose ne s'allonge pas de façon régulière mais s'emballe.

Diviser la lumière par deux ne double pas le temps, car en basse lumière le papier devient encore moins réactif et la pose réclame bien plus que ce qu'un simple calcul laisse prévoir. À l'extrême de cette logique, la solargraphie pousse la pose jusqu'à plusieurs mois. Les photographes appellent ce décrochage l'effet Schwarzschild, ou défaillance de réciprocité. Le calculateur sténopé intègre cette correction.

La parade reste la même : on teste, on note, et on rallonge franchement plutôt qu'à la marge, car mieux vaut une pose trop longue qu'une photo fantôme.

Calculer le temps de pose sans posemètre

  1. Sans posemètre, partez de la règle du f/16 ensoleillé : en plein soleil, à f/16, la bonne exposition vaut à peu près l'inverse de la sensibilité du support, en secondes.
  2. Calculez ensuite le nombre f de votre sténopé, en divisant la distance entre le trou et le papier par le diamètre du trou, généralement compris entre 0,2 et 0,8 mm. Pour le Sténoflex, 47 mm divisés par 0,26 mm donnent environ f/180.
  3. Multipliez enfin le temps de référence par le carré du rapport entre ce nombre f et 16.

Le résultat donne un point de départ pour le plein soleil, à allonger par ciel couvert ou à l'ombre.

Du temps de pose au rendu de l'image

Une fois la pose réussie, il reste à révéler ce que la lumière a déposé : c'est l'étape du développement de la photo, où l'image apparaît dans le révélateur.

Si vos premiers essais sortent trop clairs ou trop sombres, c'est la matière même du réglage. Le Sténoflex est pensé pour cela, avec sa table d'exposition et ses dix feuilles pour tâtonner. Quand une photo rate vraiment, on en comprend souvent la cause en relisant ses notes.

Au sténopé, le temps de pose est le geste central, celui qu'on apprend à sentir photo après photo.

Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation au sténopé et au développement argentique.

Comparaison de tirages sténopé sous-exposé, correct et surexposé selon le temps de pose