Pour faire un sténopé dans une boîte d'allumettes, percez un trou d'aiguille dans un carré d'aluminium collé sur une fenêtre de l'étui, noircissez l'intérieur du tiroir, puis faites passer derrière le trou un film 35 mm tendu entre deux cartouches, chargé dans le noir complet.
La boîte d'allumettes est sans doute le plus petit appareil photo qu'on puisse bricoler, un sténopé qui tient dans la paume et qui se charge directement avec un bout de film 35 mm. Ce format minuscule a sa propre logique et son rendu bien à lui, qui n'ont pas grand-chose à voir avec la boîte de conserve.
En bref, en 8 étapes :
- Réunir une boîte d'allumettes, deux cartouches de film 35 mm, un carré d'aluminium, une aiguille et de l'adhésif noir
- Percer le trou dans le carré d'aluminium en faisant tourner l'aiguille
- Découper une fenêtre d'un centimètre carré au centre de l'étui
- Noircir l'intérieur du tiroir au feutre ou à la peinture mate
- Coller l'aluminium percé sur la fenêtre, par l'intérieur, et poser un rabat d'adhésif noir sur le trou
- Faire passer le film derrière le trou dans le noir complet, de la cartouche pleine à la cartouche vide
- Sceller la boîte à l'adhésif noir et exposer en soulevant le rabat
- Faire avancer le film en tournant la cartouche réceptrice, puis le développer en cuve
Ce qui change ici tient à la pellicule. Au lieu d'exposer une feuille de papier dans une grande boîte, on fait passer un fragment de film 35 mm derrière un trou minuscule, ce qui donne des images de quelques centimètres seulement, granuleuses et un peu rêveuses.
Les principes communs à toute fabrication, le noir mat à l'intérieur et le trou propre, restent les mêmes que pour un sténopé classique, et il est plus simple de les maîtriser sur une boîte de conserve avant de se lancer sur ce format. Si le fonctionnement même du procédé est encore flou, le sténopé guide complet en pose les bases.
Pourquoi la boîte d'allumettes change la donne
Une boîte d'allumettes est trop petite pour accueillir une feuille de papier photo et son tiroir coulissant offre justement la place d'un passage de film. C'est cette particularité qui a fait du format un classique du bricolage photographique.
Le tiroir intérieur sert de logement à la pellicule, et l'étui extérieur, percé du trou, devient la chambre noire. Le film, lui, traverse la boîte de part en part, une amorce dépassant de chaque côté, ce qui permet de le faire avancer image après image sans jamais ouvrir l'appareil.
La même idée se transpose sur une canette de soda aplatie ou une cartouche de film, mais la boîte d'allumettes reste la plus accessible, car tout y est déjà dimensionné pour le 35 mm.

Le matériel pour le sténopé boîte d'allumettes
Le format se contente de très peu, et l'essentiel se trouve dans un tiroir de cuisine.
- Une boîte d'allumettes vide, tiroir et étui intacts.
- Deux cartouches de film 35 mm, une pleine et une vide pour recevoir la pellicule exposée.
- Un petit carré d'aluminium fin, découpé dans une canette, pour percer le trou.
- Une aiguille fine et du papier de verre pour ébavurer.
- De l'adhésif noir opaque pour l'obturateur et l'étanchéité.
- De la peinture noire mate ou un feutre noir pour l'intérieur.
La cartouche vide se récupère auprès d'un labo qui développe encore l'argentique, ou en sacrifiant une pellicule terminée. Elle sert de bobine réceptrice et c'est elle qu'on enroule pour faire avancer le film.


Percer le trou et noircir la boîte
Le trou se perce dans le carré d'aluminium, jamais dans le carton de la boîte, qui est trop épais et donnerait un bord grossier. Le geste précis, faire tourner l'aiguille, retourner, poncer la bavure, est le même que pour n'importe quel sténopé et il est décrit en détail dans le guide de fabrication.
Sur un format aussi court, la distance entre le trou et le film est très faible, de l'ordre de deux centimètres, et le trou doit donc rester petit, vers le bas de la fourchette habituelle de 0,2 à 0,8 mm : la formule de Rayleigh donne environ 0,2 mm pour deux centimètres.
La logique du diamètre du trou joue ici de façon marquée, car une boîte aussi plate réclame un orifice plus fin qu'une boîte profonde.
On découpe ensuite une fenêtre d'un centimètre carré au centre de l'étui, on noircit l'intérieur du tiroir au feutre ou à la peinture mate, puis on colle le carré d'aluminium percé sur la fenêtre, par l'intérieur. Un rabat d'adhésif noir sur le trou fait l'obturateur, qu'on soulève pour exposer et qu'on rabat aussitôt.
Le trou se perce dans l'aluminium, collé par l'intérieur sur une petite fenêtre ; un rabat d'adhésif sert d'obturateur.
Charger le film 35 mm dans la boîte
C'est l'étape qui distingue vraiment ce format, car on ne charge pas une feuille mais un ruban de film, et toute l'opération se fait dans le noir complet ou dans un sac de chargement.
Le film sort de sa cartouche pleine, traverse le tiroir de la boîte d'allumettes derrière le trou, puis son amorce se fixe à la cartouche vide qui le recevra. La boîte se referme et se scelle à l'adhésif noir sur tous les bords, en laissant dépasser les deux cartouches de part et d'autre.
Avancer le film d'une image à l'autre
Pour avancer d'une image à l'autre, on tourne la cartouche réceptrice de quelques tours, ce qui fait défiler une portion de film vierge derrière le trou. Un repère au feutre sur la cartouche aide à mesurer l'avance et à éviter que deux poses ne se chevauchent.
Le film 35 mm est nettement plus sensible que le papier photo, ce qui raccourcit les poses, mais il impose un développement film en cuve plutôt que le bain de papier en bac, une chimie différente de celle qu'on emploie d'ordinaire en initiation, comme celle du kit Sténoflex, prévue pour le papier.
La bobine terminée, la pellicule exposée attend dans la cartouche réceptrice. Développez-la en cuve après l'avoir chargée dans le noir complet, ou confiez-la à un labo qui développe encore l'argentique.
Calculer la pose sur un sténopé miniature
Le très petit format et la faible distance focale rendent l'appareil relativement lumineux pour un sténopé, et les poses se comptent souvent en secondes en plein soleil plutôt qu'en minutes. Partez donc de quelques secondes en plein soleil, puis allongez la pose par ciel couvert ou à l'ombre.
Cette rapidité reste très relative au regard d'un appareil classique, et la pose se sent autant qu'elle se calcule. Pour estimer une exposition, partez des repères généraux du temps de pose, en tenant compte du fait que le film est plus réactif que le papier.
En pratique on note chaque pose, sa durée et la lumière du moment, car sur un format aussi expérimental c'est ce carnet qui transforme les ratés en méthode au fil de la bobine.
Le rendu très petit format de la boîte d'allumettes
L'image obtenue est petite, de la taille du passage du film, et porte les marques du procédé :
- un grain visible ;
- des bords où la lumière se perd ;
- parfois des perforations du film qui débordent dans le cadre.
Ce débord des perforations, loin d'être un défaut, fait la signature du format et beaucoup le recherchent. L'image semble enregistrée à même la pellicule, sans le cadre net d'un boîtier, ce qui donne ce rendu brut que ce type de sténopé est seul à produire.
C'est une démarche d'exploration plus que de précision, où l'on accepte l'irrégularité comme une matière. Pour une première image réussie sans la double difficulté du chargement de film et du développement en cuve, la boîte de conserve sur papier reste la voie la plus directe, et le kit Stenoflex en offre une version déjà prête, chambre noire, papier, révélateur et fixateur compris.
La boîte d'allumettes se mérite, car le chargement à l'aveugle et le défilé du film demandent un peu d'habitude, mais elle récompense par des images que rien d'autre ne donne, minuscules, imparfaites et entièrement les vôtres.
Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation au sténopé et au développement argentique.



