Un papier pour cyanotype doit absorber la solution sans se défaire au rinçage. Le papier aquarelle répond à ce besoin ; un papier recyclé assez épais, poreux et non glacé peut aussi convenir après un essai sur une chute. Écartez le papier d’imprimante ordinaire. Retenez une feuille d’au moins 200 grammes, idéalement 250 à 300, neutre ou faiblement acide, puis choisissez sa surface selon l’image : lisse pour un négatif détaillé, plus texturée pour un photogramme.
Le papier est le premier choix qui décide d'un tirage, avant les sels et avant le soleil, car c'est lui qui retient la solution, supporte le rinçage et donne au bleu sa profondeur ou sa fadeur. En atelier, une bonne moitié des cyanotypes décevants ne viennent pas d'une erreur de chimie mais d'un support mal adapté, trop léger, trop lisse ou traité d'une façon qui contrarie la réaction.
Ce choix repose sur la tenue à l’eau, l’absorption et le grain de la feuille. Une fois le support retenu, il reste à l’enduire, à le sécher et à le conserver après sensibilisation : ces étapes sont également décrites ici. Le textile et les autres matières sont traités ailleurs. Si vous découvrez le procédé, le guide du cyanotype en présente les bases.
Quel grammage de papier pour un cyanotype
Le grammage est le poids du papier au mètre carré, exprimé en grammes, et il dit en gros l'épaisseur et la solidité de la feuille. C'est le critère qui sépare un papier qui tiendra le rinçage d'un papier qui finira en charpie au fond de la bassine.
Le cyanotype passe par un bain d'eau qui mouille le support de part en part, parfois plusieurs minutes, et un papier d'imprimante ordinaire, autour de 80 grammes, gondole, se gorge d'eau et se déchire au moindre frottement. Il faut un papier qui encaisse cette immersion sans se défaire, et c'est tout l'intérêt du papier aquarelle pour le cyanotype, conçu dès l'origine pour être détrempé.
En pratique on vise un papier d'au moins 200 grammes, la fourchette confortable se situant entre 250 et 300 grammes. Un grammage plus élevé encore, jusqu'à 600 grammes, tient parfaitement mais coûte plus cher et sèche plus lentement, sans avantage décisif sur le rendu. Pour débuter, un papier aquarelle de 300 grammes offre le meilleur compromis entre tenue, prix et facilité de séchage.
La fibre joue aussi. Un papier de cellulose suffit pour apprendre, un papier pur coton donne une surface plus régulière et vieillit mieux. Un papier de qualité aquarelle, neutre ou faiblement acide, convient au procédé et préserve le bleu dans le temps.
Choisir une surface lisse ou texturée selon l'image
Un même bleu ne rend pas pareil selon le grain de la feuille. La surface du papier aquarelle se décline en trois grandes familles, et chacune oriente le résultat.
- Le grain satiné, ou papier lisse, offre une surface fermée et régulière qui rend les détails fins avec netteté, ce qui le rend précieux pour un tirage à partir d’un négatif photographique où chaque nuance compte.
- Le grain fin, intermédiaire, reste polyvalent et pardonne les petites irrégularités d’enduction.
- Le grain torchon, fortement texturé, donne un bleu plus vibrant et matiéré, superbe pour les photogrammes végétaux mais moins fidèle sur un négatif détaillé.
Il n'y a pas de bonne surface dans l'absolu, seulement une surface accordée à votre image. Pour un portrait ou une photo précise, on s'oriente vers le lisse ou le grain fin, tandis que pour une empreinte de fougère ou de dentelle le grain plus marqué ajoute du caractère. L'erreur fréquente en atelier est de juger un papier sur sa seule blancheur, alors que c'est le grain qui décide du rendu final.

Trois surfaces de papier aquarelle, du lisse au plus texturé, observées en lumière rasante.
Comment la sensibilisation dialogue avec le papier
Une fois le papier choisi, reste à le rendre sensible en y déposant le mélange des deux sels de fer. Le dosage et le geste relèvent de la recette du cyanotype, qui détaille les proportions et les deux façons d'appliquer la solution, au pinceau ou par bain, et le détail pas à pas pour préparer son papier cyanotype reprend ces gestes du début à la fin.
Ce qui se joue ici, c'est la rencontre entre ce geste et le support. Si vous préférez ne pas chercher vous-même un papier au départ, le kit cyanotype Stenoflex fournit dix feuilles de papier aquarelle déjà adaptées au procédé, un point de comparaison commode pour l'initiation avant de tester ensuite d'autres références.
Un papier lisse et fermé retient la solution en surface et accepte mal un excès de matière, là où un grain marqué la boit en profondeur et réclame une couche un peu plus généreuse. Sur une fibre très absorbante, l'enduction au pinceau doit rester vive et sans repasse, car la couche se sature et devient inégale. Le coup de pinceau visible en bordure fait d'ailleurs partie de l'esthétique du procédé et beaucoup le conservent volontairement.
Quelle que soit la méthode, on travaille à la lumière ambiante d'une pièce, à l'abri du soleil direct. Une ampoule classique émet trop peu d'ultraviolets pour insoler le papier, vous avez donc le temps d'étaler tranquillement la solution avant le séchage.
Sécher le papier enduit
Le séchage est l'étape que l'on bâcle le plus souvent, et c'est dommage car il conditionne la régularité de l'exposition. Un papier mal sec donne des taches, des auréoles et un bleu inégal.
Le papier sensibilisé sèche à l'abri de la lumière, dans une pièce sombre ou faiblement éclairée, posé bien à plat sur une grille pour éviter que la solution ne migre vers le bas de la feuille et n'y forme une bande plus foncée. À température ambiante il faut compter de trente minutes à quelques heures selon le grammage et l'humidité de l'air, et un sèche-cheveux en air froid accélère les choses sans risque.
Le papier doit être parfaitement sec au toucher avant de poser le négatif ou l'objet et de l'insoler, car un papier encore humide colle au négatif, donne un contact imprécis et une image floue ou marbrée. Cette patience au séchage est l'un des gestes qui séparent un tirage net d'un tirage approximatif, avant même d'aborder le temps d'insolation au soleil.
Stocker le papier sensibilisé
On peut tout à fait préparer le papier à l'avance, ce qui fait gagner du temps les jours de soleil. Le papier sensibilisé puis bien séché se conserve plusieurs semaines, parfois quelques mois, à condition de tenir à distance trois ennemis, la lumière, l'humidité et la chaleur.
On le range donc à plat dans une pochette opaque ou une enveloppe noire, dans un endroit sec et tempéré, à l'écart de toute source d'ultraviolets. Stocké ainsi il reste exploitable longtemps, même si la sensibilité décline lentement et qu'un papier ancien demande parfois une exposition un peu plus longue.
Un signe ne trompe pas, si la couche vire spontanément vers le bleu-gris dans son rangement, c'est qu'elle a pris de la lumière ou de l'humidité et qu'elle est partiellement insolée.
Au-delà du papier
Le papier est le terrain d'apprentissage idéal, mais il n'est pas la seule surface qui accepte le cyanotype. Le coton et le lin se sensibilisent de la même façon et tiennent au lavage, tandis que d'autres matières acceptent aussi le procédé, du bois au verre apprêté.
Les principes vus ici, tenue à l'eau, surface adaptée et séchage à l'abri de la lumière, restent valables d'un support à l'autre.
Questions fréquentes
Pourquoi un papier trop encollé donne-t-il un cyanotype pâle
Parce qu'un encollage de surface trop fort empêche la solution de pénétrer dans les fibres : le bleu reste en surface et part au rinçage. À l'inverse, un papier trop peu encollé boit la solution et donne un bleu irrégulier.
Les azurants optiques du papier gênent-ils le cyanotype
Ils ne sont pas idéaux, et l'on conseille plutôt un papier sans azurant optique. Le pH compte toutefois davantage : un papier alcalin, dit tamponné, fait pâlir le bleu au lavage.
Peut-on faire du cyanotype sur du papier recyclé
Oui, s'il est assez épais (200 g/m² au moins), poreux et non glacé. Certains papiers recyclés sont alcalins et peuvent éclaircir le bleu au lavage : faites un essai sur une chute avant de tirer.
Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.


