Mains enduisant un papier au pinceau avec la solution de cyanotype dans un atelier tamisé

Préparer son papier au cyanotype

Écrit par Éric Marais

Pour préparer son papier au cyanotype, on mélange à volumes égaux les deux solutions juste avant usage, on les étale en lumière tamisée au pinceau ou à la tige de verre en couche fine, puis on fait sécher la feuille à plat dans l'obscurité. Entre la chimie en flacons et l'image au soleil, il y a un geste que beaucoup négligent et qui fait pourtant une grande part de la réussite, l'enduction du papier.

C'est le moment où l'on dépose la solution sensible sur la feuille, où l'on décide de l'épaisseur, de la régularité et des limites de la zone qui deviendra bleue, et un papier mal enduit donne un tirage tacheté ou inégal avant même que le soleil ait fait son travail.

En bref, en 5 étapes :

  1. Mélanger les deux solutions au bon moment
  2. Travailler en lumière tamisée
  3. Appliquer au pinceau ou à la tige de verre
  4. Sécher la feuille à l'abri de la lumière
  5. Stocker le papier sensibilisé

Cette page reste sur ce geste précis, préparer et enduire le papier, sécher la feuille et la stocker une fois sensibilisée. Le choix du support en lui-même, son grammage et ses fibres relèvent de la page sur quel papier choisir pour le cyanotype, et le procédé d'ensemble est resitué dans le guide pratique du cyanotype si vous débutez. Ici, on suppose le papier déjà choisi et les solutions déjà prêtes.

Mélanger les deux solutions au bon moment

Le cyanotype repose sur deux sels de fer que l'on garde séparés et que l'on ne réunit qu'au dernier moment, car c'est leur mélange qui rend le papier sensible aux ultraviolets. On prélève donc un volume égal de chaque solution, une pipette de citrate d'ammonium ferrique et une pipette de ferricyanure de potassium, et on les réunit dans un petit récipient juste avant d'enduire.

Les proportions et la logique de ce mélange sont détaillées dans la recette du cyanotype. Le kit cyanotype Stenoflex réunit les deux flacons de solution, le papier aquarelle et les pipettes, de quoi enduire ses premières feuilles sans chercher chaque réactif ni doser à l'aveugle. Le ferricyanure est peu toxique aux doses du procédé, mais peut libérer du cyanure au contact d'un acide ou sous les UV en solution.

On ne prépare que la quantité nécessaire pour la séance, car une fois mélangée, la solution ne se garde qu'une semaine, à l'abri de la lumière et de l'air. Pour une feuille de format moyen, quelques millilitres suffisent, et en atelier on observe qu'une dizaine de gouttes de chaque sel couvre largement une zone de la taille d'une carte postale. Mieux vaut refaire un mélange que d'en gaspiller.

Travailler en lumière tamisée

Dès l'instant où les deux solutions sont réunies, le papier devient photosensible, et la préparation doit donc se faire à l'abri du soleil et de toute source d'ultraviolets. Il ne s'agit pas d'une chambre noire, simplement d'une lumière tamisée, une pièce éclairée par une ampoule classique, volets entrouverts, loin d'une fenêtre ensoleillée. La lumière artificielle douce n'a pas assez d'UV pour insoler la feuille pendant le temps de l'enduction.

L'erreur la plus fréquente consiste à enduire près d'une fenêtre par souci d'y voir clair, ce qui amorce l'insolation avant l'heure et donne un voile bleuté général. On prend l'habitude de préparer dans un coin sombre de la pièce, puis de ne sortir la feuille au soleil qu'une fois le négatif ou les végétaux posés et la surface prête.

Appliquer au pinceau ou à la tige de verre

Deux gestes coexistent en atelier, et chacun a ses partisans. Le pinceau, large et souple, de préférence sans virole métallique qui réagirait avec les sels, dépose la solution en couches croisées, une passe horizontale puis une passe verticale, jusqu'à une teinte vert-jaune uniforme. C'est la méthode la plus accessible, qui laisse parfois des coups de pinceau visibles que beaucoup recherchent justement comme une signature.

La tige de verre, ou un bâton de tirage, étale la solution préalablement versée en filet sur le bord de la feuille, en deux ou trois allers-retours. Elle donne une couche plus fine et plus régulière, économise de la solution et convient bien aux grains satinés, comme ceux d'un papier aquarelle lisse dont l'encollage retient la solution en surface. Dans les deux cas, on travaille vite, sans repasser indéfiniment sur une zone qui commence à sécher, car on arracherait la couche au lieu de l'égaliser.

On enduit une surface légèrement plus grande que l'image prévue, afin de ménager une marge, et on évite les excès de solution qui forment des flaques, sèchent en croûtes et marquent le tirage de zones plus sombres. Une couche fine et homogène vaut toujours mieux qu'une couche épaisse et irrégulière.

Un pinceau large sans virole métallique et une tige de verre reposent près d’une feuille de papier aquarelle vierge.

Choisir entre pinceau large et tige de verre avant d’enduire. La feuille est ici vierge ; l’enduction se fait ensuite à l’abri des UV.

Sécher la feuille à l'abri

Une fois enduite, la feuille doit sécher complètement avant l'insolation, car un papier encore humide donne des bleus baveux et colle au négatif. On la pose à plat ou on la suspend dans l'obscurité, toujours loin de la lumière du jour, et on laisse le séchage se faire à l'air libre.

Un sèche-cheveux en position froide ou tiède accélère le processus pour qui est pressé, sans jamais chauffer la couche au point de l'altérer. Comptez de trente minutes à quelques heures de séchage à température ambiante, selon le grammage et l'humidité de l'air.

Le séchage à plat évite que la solution ne migre vers le bas de la feuille sous l'effet de la gravité, ce qui créerait un dégradé involontaire. Quand la surface n'est plus collante au toucher et que la teinte vert-jaune est mate, le papier est prêt à recevoir le négatif et le soleil.

Stocker le papier sensibilisé

On peut enduire à l'avance et conserver le papier sensibilisé plusieurs jours, à condition de le protéger de la lumière et de l'humidité. On le glisse à plat dans une pochette opaque ou une chemise en carton, dans un endroit sec et frais, et il garde sa sensibilité une à deux semaines pour les premiers usages, parfois davantage selon le papier et la conservation.

Avec le temps, un papier sensibilisé peut jaunir ou perdre de sa réactivité, et de petites taches d'oxydation apparaissent si l'air est humide. Pour les tirages les plus réguliers, on enduit le jour même, mais préparer quelques feuilles d'avance reste pratique pour une sortie au soleil ou un atelier.

Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.