Pour préparer le cyanotype, on dissout séparément le citrate d'ammonium ferrique et le ferricyanure de potassium dans de l'eau, de préférence déminéralisée, puis on mélange les deux solutions à parts égales juste avant d'enduire le papier.
Toute la magie du cyanotype tient dans deux sels de fer que l'on dissout dans l'eau, que l'on garde séparés, et que l'on ne réunit qu'au dernier moment. La recette est d'une simplicité déconcertante une fois qu'on en comprend la logique, et c'est cette logique, plus que des grammes au milligramme près, qui fait la réussite d'un tirage.
En bref, en 4 étapes :
- Préparer séparément les deux solutions
- Mélanger à parts égales juste avant usage
- Conserver les solutions dans des flacons distincts
- Enduire le papier et passer au tirage
Cette page rassemble l'essentiel de la préparation des solutions, leurs proportions, leur dilution et l'ordre des gestes. Elle s'inscrit dans le guide complet du cyanotype, qui replace cette recette dans l'ensemble du procédé, du papier à l'insolation.
Les deux solutions de la recette du cyanotype
La recette classique, dite recette de Herschel, repose sur deux sels de fer que l'on prépare en solutions distinctes. Le premier est le citrate d'ammonium ferrique, une poudre d'un vert-jaune, sensible à la lumière ultraviolette une fois en présence du second. Le second est le ferricyanure de potassium, une poudre cristalline d'un rouge-orangé qui apporte les ions nécessaires à la formation du bleu.
Aucun de ces deux sels ne donne d'image à lui seul. Le citrate ferrique est le composant photosensible, celui que les UV vont transformer, et le ferricyanure est le révélateur de cette transformation, le partenaire qui se combine au fer réduit pour fixer la couleur. C'est leur rencontre, et seulement elle, qui crée une surface capable de dessiner une image au soleil.
Chaque sel a son propre rôle et ses propres précautions, que les articles dédiés aux produits chimiques du cyanotype détaillent. Si vous voulez comprendre en profondeur l'un ou l'autre, la page sur le citrate d'ammonium ferrique et celle sur le ferricyanure de potassium reprennent chacune sa nature et son comportement.
Les proportions à parts égales
La règle qui guide toute la recette tient en trois mots, à parts égales. On prépare deux solutions à la même concentration, puis on les mélange en volumes identiques au moment de sensibiliser le papier. Une pipette de solution A pour une pipette de solution B, c'est ce rapport simple qui sert de point de départ.
Dans la pratique d'atelier, on prépare chaque solution avec une poudre dosée pour un volume d'eau précis, ce qui évite la balance de précision et le calcul. Le kit Stenoflex fournit, lui, les deux solutions déjà diluées, un flacon de ferricyanure et un flacon de citrate, ainsi que deux pipettes pour reprendre des volumes égaux sans approximation.
Ce rapport un pour un est un équilibre éprouvé, que l'on peut ajuster. On peut le déplacer légèrement pour ajuster le rendu, davantage de ferricyanure tend vers un bleu plus froid et contrasté, davantage de citrate vers un bleu plus doux, mais ces variations relèvent de l'affinage et le point de départ reste toujours le mélange à parts égales.

Deux volumes préparés séparément avant le mélange. Les concentrations et les quantités se lisent dans la notice, pas sur cette image.
Préparer chaque solution
Pour les quantités, la formule de la Royal Society of Chemistry prévoit 5 g de ferricyanure de potassium dissous dans 50 cm³ d'eau et, séparément, 9 g de citrate d'ammonium ferrique dans 50 cm³ d'eau.
Chaque solution se prépare à la lumière ambiante, sans besoin de noir complet, car tant que les deux sels restent séparés aucune image ne peut se former ; c'est leur mélange qui devient sensible, et on le réalise à l'abri de la lumière vive. On travaille avec des gants et dans une pièce aérée, on verse la poudre dans l'eau et non l'inverse, et l'on agite jusqu'à dissolution complète.
L'eau a son importance. Une eau déminéralisée donne les solutions les plus stables et les plus régulières, car le calcaire et certains ions de l'eau du robinet peuvent troubler le bain ou marquer le papier de petits points. À défaut, une eau du robinet peu calcaire convient pour débuter, mais l'eau déminéralisée reste le réflexe le plus sûr.
La température de l'eau aide aussi. Une eau tiède, jamais chaude, dissout les sels plus vite et plus complètement qu'une eau froide. On laisse ensuite la solution reposer quelques heures à l'abri de la lumière avant le premier usage, le temps que la dissolution soit parfaite et que d'éventuelles impuretés se déposent.
En résumé, pour préparer les deux solutions :
- 5 g de ferricyanure de potassium ;
- 9 g de citrate d'ammonium ferrique ;
- deux fois 50 cm³ d'eau déminéralisée, tiède plutôt que froide ;
- deux flacons opaques ou teintés, un par solution ;
- un petit récipient pour le mélange du jour ;
- deux pipettes, pour reprendre des volumes égaux ;
- des gants, et une pièce aérée.
La dilution et la concentration
La concentration des solutions n'est pas un absolu, elle se choisit selon le rendu recherché et le support. Les recettes courantes tournent autour d'une solution de citrate ferrique plus concentrée que la solution de ferricyanure, souvent dans un rapport de l'ordre de un à deux, mais des recettes équilibrées à concentrations égales fonctionnent très bien et restent les plus simples à doser.
La formule de la Royal Society of Chemistry citée plus haut en donne un exemple, avec 9 g de citrate pour 5 g de ferricyanure dans le même volume d'eau.
Une solution plus concentrée dépose davantage de matière sensible sur le papier et donne des bleus plus denses, au prix d'un risque de surface granuleuse si l'on charge trop. Une solution plus diluée produit des bleus plus clairs et des dégradés plus subtils, utiles pour les tirages délicats, mais demande une insolation mieux maîtrisée.
Pour une première recette, le plus sage est de s'en tenir aux concentrations prévues par le kit ou la notice, puis d'ajuster une fois que l'on a un repère personnel. La dilution est un levier que l'on apprend à manier après quelques tirages, pas une variable à explorer dès la première feuille.
Le mélange juste avant usage
Voici le geste central de la recette. On ne mélange les deux solutions qu'au moment de sensibiliser le papier, dans un petit récipient, en versant des volumes égaux de chacune. Le mélange prend une teinte vert-jaune caractéristique, et c'est cette solution combinée, et elle seule, qui est sensible aux UV.
Une fois mélangée, la solution se dégrade lentement et ne se garde qu'une semaine, à l'abri de la lumière et de l'air. On prépare donc la quantité nécessaire au travail du jour, ni plus ni moins, en comptant à peu près de quoi enduire les feuilles prévues. Un mélange gardé au-delà perd en sensibilité et peut donner des tirages ternes ou voilés.
Cette solution combinée, prête à l'emploi et utilisée encore humide, est ce que l'on appelle parfois la méthode wet, par opposition au papier enduit puis séché. Elle a ses propres particularités : elle change la manière d'exposer et de poser les objets.
Une fois la solution prête, reste à l'appliquer correctement sur le support. Là où la recette s'arrête, le papier prend le relais : enduction au pinceau ou par imbibition, choix du grammage et séchage.
Conserver les solutions séparées
Tant qu'elles restent distinctes, les deux solutions de fer se conservent longtemps, plusieurs mois et souvent davantage, dans des flacons opaques ou teintés rangés à l'abri de la lumière et au frais. C'est précisément parce qu'on les garde séparées que le procédé est si économique, on ne mélange que la dose du jour et le stock reste intact.
Quelques signes annoncent qu'une solution a vieilli, un trouble persistant, un dépôt qui ne se redissout pas ou une couleur qui s'écarte nettement de l'origine. La solution de citrate ferrique est la plus sensible, elle peut développer des moisissures si l'eau ou le flacon ne sont pas propres.
Manipuler la recette en sécurité
Les deux sels se manipulent avec précaution, sans pour autant nourrir d'inquiétude excessive. On porte des gants, on travaille dans une pièce ventilée, on ne mange pas et l'on ne boit pas à côté, et l'on tient les poudres et les solutions hors de portée des enfants.
Selon la fiche de la Royal Society of Chemistry, les deux sels irritent la peau et les yeux, et le ferricyanure aussi les voies respiratoires : des lunettes de protection complètent donc les gants.
Pour les déchets, on regroupe les bains usagés, on laisse le bleu de Prusse se déposer, on filtre ce dépôt, et l'on ne verse jamais ces eaux dans un jardin, une mare ou un cours d'eau.
Le mot ferricyanure effraie parfois, à tort. Ce sel n'est pas du cyanure libre, ses atomes sont solidement liés au fer et il reste peu toxique aux doses du procédé, à condition de ne jamais le mettre au contact d'un acide.
Le ferricyanure peut en effet libérer du cyanure au contact d'un acide ou sous les UV en solution : au contact d'un acide fort, il dégage du cyanure d'hydrogène, très toxique, et la Royal Society of Chemistry conseille de vérifier, au moment d'éliminer les bains, qu'aucun acide ne se trouve déjà dans l'évier.
Le bleu de Prusse formé au final est d'ailleurs si stable qu'il sert en médecine. Cette mise au point, les gestes de protection et le traitement des rinçures sont développés en nuance par l'article sur la sécurité du cyanotype.
Du mélange au tirage
La recette se résume donc à peu de chose, deux solutions de fer préparées séparément, gardées à l'abri de la lumière, et réunies à parts égales juste avant d'enduire le papier. Le reste se joue dans l'enduction, l'insolation au soleil et le rinçage, qui transforment cette modeste solution vert-jaune en bleu de Prusse profond. Lors du rinçage du tirage, les produits restés verdâtres sous les objets partent avec l'eau et seul le bleu reste sur le papier.
Pour passer de la recette à la pratique sans chercher chaque réactif séparément ni doser à l'aveugle, le kit cyanotype Stenoflex réunit les deux flacons de solution, le papier aquarelle et les pipettes, avec une notice.
Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.


