Pour obtenir un positif à partir d'un négatif papier, scannez le négatif sec et inversez ses valeurs dans un logiciel d'image, ou tirez-le par contact sur une seconde feuille de papier photo, exposée quelques secondes à la lumière blanche puis développée.
Votre feuille est sortie du fixateur, rincée puis séchée, et vous tenez enfin l'image. Sauf qu'elle est à l'envers, les blancs y sont noirs et les ombres y sont claires, car le papier a enregistré un négatif. C'est normal, et c'est l'étape suivante du procédé, celle qui transforme ce négatif papier en l'image positive que vous attendiez.
Ce travail démarre exactement là où s'arrête le développement de la photo au sténopé, le négatif sec en main. Inutile donc de revenir ici sur le révélateur, le bain d'arrêt ou le fixateur, qui appartiennent à l'étape précédente. Comme le rappelle le guide du sténopé, deux voies s'offrent à vous pour obtenir le positif, et chacune a sa logique.
Scanner le négatif puis l'inverser
La voie la plus directe consiste à poser le négatif sec sur la vitre d'un scanner à plat, à le numériser comme une simple feuille, puis à inverser les valeurs sur l'ordinateur. L'opération s'appelle une inversion de négatif, et chaque logiciel d'image la propose sous une forme ou une autre, ce qui rend inutile tout tutoriel détaillé ici.
L'image bascule alors d'un coup, les noirs redeviennent blancs et le rendu retrouve son sens. Vous gardez le négatif papier intact, vous obtenez un fichier que vous pouvez imprimer ou partager, et le grain particulier du rendu sténopé se conserve à la numérisation.
Numériser à une résolution généreuse
Un détail mérite l'attention, le grain et la fibre du papier ressortent eux aussi au scan, et il vaut mieux numériser à une résolution généreuse pour les garder fins plutôt que de les voir s'empâter. En atelier, c'est la voie que choisissent la plupart des débutants, car elle ne consomme rien, reste réversible et donne un résultat en quelques minutes.

Tirer un positif par contact
La seconde voie reste entièrement argentique et redonne une image sur papier, sans passer par l'écran. On parle de tirage par contact, parce que le négatif et une feuille vierge se touchent face contre face pendant l'exposition.
Le principe est simple. Sous la lampe rouge inactinique de la chambre noire, vous posez le négatif papier directement sur une seconde feuille de papier photosensible, faces sensibles l'une contre l'autre.
Vous donnez ensuite une exposition brève à la lumière blanche, quelques secondes seulement, la lumière traversant le négatif pour impressionner la feuille du dessous. Là où le négatif est sombre, peu de lumière passe et le papier reste clair, là où il est translucide, la lumière passe et le papier noircit, si bien que les valeurs se retournent une seconde fois.
Vous développez enfin cette feuille dans les trois bains habituels, et l'image qui monte est cette fois un positif, puisque vous avez inversé un négatif déjà inversé.
Doser l'exposition par essais
Le temps d'exposition dépend de la densité de votre négatif et de la puissance de votre source, et il n'existe pas de valeur unique.
Concrètement, vous découpez une mince bande de papier vierge, vous la glissez sous le négatif et la vitre, puis vous l'exposez en masquant peu à peu sa surface avec un carton, de sorte qu'après développement chaque tranche corresponde à un temps différent. La bande qui présente le bon contraste vous donne la durée à appliquer pour le tirage complet.
Notez que ce tirage consomme une seconde feuille à chaque positif.

La lumière et la durée du tirage par contact
Pour tirer le positif, posez le négatif papier sec face contre une feuille neuve, sous une plaque de verre propre, puis éclairez l'ensemble avec une lampe ordinaire, sous lumière inactinique le reste du temps.
La durée dépend de la puissance de la lampe, de sa distance et de la densité du négatif : comptez de quelques secondes à quelques dizaines de secondes, et calez le temps exact avec une bande test avant de tirer la feuille définitive.
Quelle voie choisir
Tout dépend de ce que vous cherchez. Le scan vous donne un fichier en quelques minutes, sans chimie supplémentaire, et il convient lorsque vous voulez diffuser l'image ou simplement la voir à l'endroit. Le tirage par contact demande plus de soin et une seconde feuille, mais il vous rend un objet photographique à part entière, ce positif sur papier qui a la matière et la profondeur d'un tirage argentique.
Rien n'oblige d'ailleurs à trancher une fois pour toutes. Beaucoup scannent d'abord chaque négatif pour en garder une trace numérique, puis réservent le tirage par contact aux images qu'ils préfèrent. Quelle que soit la voie, le négatif papier n'est jamais une fin en soi, et c'est en le transformant que le sténopé livre enfin l'image complète.
Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation au sténopé et au développement argentique.


