Appareil Sténoflex noir posé sur une table, avec son trou central et son obturateur en forme de main.

Qu'est-ce qu'un sténopé ? Définition simple et claire

Écrit par Éric Marais

On peut faire une photographie sans objectif, sans verre ni lentille, simplement avec une boîte fermée percée d'un trou minuscule par lequel la lumière entre pour former une image au fond de la boîte.

Ce trou s'appelle un sténopé, et la boîte aussi, car le mot désigne les deux à la fois, ce qui constitue souvent la première source de confusion quand on découvre ce procédé.

L'origine grecque du mot sténopé

Le mot vient du grec, où stenos signifie étroit et ope signifie trou, si bien que sténopé veut dire littéralement le trou étroit. Ce vocabulaire d'optique ancienne revient sans cesse dès qu'on pratique, et le lexique du sténopé en réunit chaque terme défini simplement.

En anglais, on parle de pinhole, le trou d'épingle, et l'image reste la même dans les deux langues, celle d'un orifice si petit qu'il en devient un instrument optique.

Ce trou n'a rien d'un détail, car c'est lui qui fait toute la photo, sa petitesse tenant le rôle de l'objectif d'un appareil classique.

Sténopé le trou et l'appareil photo

Ce point mérite d'être clarifié tout de suite, car sténopé possède deux sens qui sont tous deux corrects.

Le premier sens désigne le trou lui-même, l'orifice percé dans une paroi opaque.

Le second sens désigne l'appareil entier, c'est-à-dire la boîte noire munie de ce trou qui sert à faire des photographies, et l'on dit alors qu'on photographie au sténopé ou qu'on possède un sténopé.

Façade d’un appareil Sténoflex avec trou central et obturateur en forme de main, tenu devant une personne.

Le sténopé héritier de la camera obscura

Le sténopé n'est pas une invention récente, car il descend directement de la camera obscura, expression latine qui signifie chambre noire. Personne ne l'a donc inventé à proprement parler : son principe est décrit dès l'Antiquité par Mozi en Chine et par Aristote, puis analysé par Ibn al-Haytham vers l'an 1000, et les premières photographies au sténopé reviennent au physicien écossais David Brewster, vers 1850.

Le sténopé photographique reprend cette même chambre noire réduite à la taille d'une boîte, la différence tenant à un ajout : on place au fond une surface sensible à la lumière, de sorte que l'image projetée n'est plus seulement regardée mais enregistrée.

Schéma du principe de la camera obscura appliqué au sténopé avec image inversée projetée au fond de la boîte

L'image inversée et douce du sténopé

On obtient une vraie photographie, et non un simple effet ou une curiosité optique sans suite, une image fixée sur du papier ou un film que l'on peut tenir entre les mains.

Cette image présente deux traits reconnaissables.

Elle est inversée, le haut se retrouvant en bas et la gauche passant à droite, un renversement qui tient au trajet de la lumière dans la boîte et qui relève de tout le fonctionnement du sténopé.

Elle est aussi douce, car sans lentille pour concentrer la lumière, le sténopé ne donne pas la netteté tranchante d'un objectif et laisse les contours enveloppés, presque dessinés au crayon, ce que beaucoup tiennent pour son charme plutôt que pour un défaut. Tout y paraît net de la même façon, du premier plan à l'horizon, dans une profondeur de champ quasi infinie.

Photographie au sténopé au rendu doux et à la profondeur de champ infinie

Le sténopé, un procédé photographique très simple

Le sténopé est l'un des procédés photographiques les plus anciens et les plus simples, et comprendre ce mot revient à tenir le fil de toute la photographie.

Une boîte, un trou, de la lumière et une surface sensible suffisent, tandis que tout le reste, les objectifs, les capteurs et les automatismes, n'est qu'un raffinement de ce geste premier. Le fabriquer soi-même demande seulement quatre éléments :

  • une boîte opaque noircie à l'intérieur ;
  • un trou d'aiguille percé dans une fine feuille d'aluminium ;
  • un rabat d'adhésif noir en guise d'obturateur ;
  • une feuille de papier photo.

Pour faire l'expérience vous-même, le Sténoflex contient tout le nécessaire, de la prise de vue au développement.

Cette simplicité a une contrepartie, la lenteur. Le trou laisse passer très peu de lumière et le papier photo est peu sensible, de l'ordre de 3 à 6 ISO, si bien que la pose dure de quelques secondes en plein soleil à plusieurs minutes près d'une fenêtre.

On comprend mieux ce procédé en voyant comment ce trou minuscule parvient à dessiner une image nette, ce qui constitue tout le fonctionnement du sténopé et la mécanique de la lumière qui l'accompagne.

Schéma : boîte noircie, aluminium percé d'un trou d'aiguille, rabat d'adhésif noir et papier photo au fond

Une boîte noircie, un trou d'aiguille, un rabat d'adhésif et une feuille de papier photo suffisent.

Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation au sténopé et au développement argentique.