Le cyanotype est inventé en 1842 par l'astronome et chimiste anglais John Herschel, qui cherchait un moyen commode de copier ses notes et ses calculs.
Le cyanotype a près de deux siècles d'existence, et son histoire surprend par sa continuité, car ce procédé né dans le cabinet d'un savant a servi tour à tour la science, l'industrie puis l'art, sans jamais vraiment disparaître. Il devient ensuite l'outil d'une botaniste, puis le support des plans d'architectes pendant un siècle, avant de renaître entre les mains d'artistes contemporains qui retrouvent dans son bleu une matière vivante.
Cette page suit cette chronologie en panorama, des origines au renouveau actuel, et renvoie pour chaque étape vers la figure ou le moment qui la mérite. Pour replacer le procédé lui-même, ses gestes et sa chimie, le guide pratique du cyanotype sert de point de départ avant d'en parcourir l'histoire.
| Date | Étape | Acteurs |
|---|---|---|
| 1842 | Invention, annoncée devant la Royal Society de Londres | John Herschel |
| 1843 | Planches d'algues des Photographs of British Algae | Anna Atkins |
| Années 1860 et 1870 | Papier réservé au cyanotype, puis papier ferro-prussiate | Marion et Cie, à Paris |
| Fin du XIXe siècle et XXe siècle | Le blueprint reproduit les plans | Architectes et ingénieurs |
| Aujourd'hui | Renouveau artistique, du photogramme végétal au tissu | Artistes contemporains |
L'invention par John Herschel en 1842
Le cyanotype naît de la curiosité d'un homme, l'astronome et chimiste anglais John Herschel, qui met le procédé au point en 1842. La Bibliothèque nationale de France date son annonce d'une conférence devant la Royal Society de Londres, le 16 juin 1842.
Il ne cherche pas alors à faire de la photographie au sens où nous l'entendons, mais un moyen commode de copier ses propres notes et ses calculs, et c'est en explorant la sensibilité des sels de fer à la lumière qu'il aboutit à ce tirage d'un bleu profond.
Herschel forge le nom à partir du grec, l'empreinte bleue, et décrit une chimie d'une grande économie de moyens, deux sels de fer, le soleil et l'eau. Son apport va au-delà de ce seul procédé, puisqu'on lui doit aussi des termes restés dans le vocabulaire de la discipline et une part du langage chimique de la photographie naissante.
Anna Atkins et la première application scientifique
Le procédé trouve très vite un usage que son inventeur n'avait pas prévu, grâce à la botaniste anglaise Anna Atkins, qui l'applique dès 1843 à la documentation des algues. Proche de Herschel, elle saisit aussitôt l'intérêt de cette empreinte par contact pour la science, car poser un spécimen sur le papier sensible suffit à en fixer la silhouette exacte, plus fidèle qu'un dessin et plus rapide qu'une gravure.
De ce travail naît un ouvrage souvent cité comme le premier livre illustré de photographies, ses Photographs of British Algae: Cyanotype Impressions, dont elle réalise et assemble les planches à la main au fil des années. La Bibliothèque nationale de France précise qu'il parut en édition limitée, en trois volumes.
Cette œuvre vaut à Anna Atkins une place singulière dans l'histoire des images, une place que l'on présente parfois en des termes qui demandent à être nuancés.
Anna Atkins, Halydrys siliquosa, vers 1853, cyanotype. The Metropolitan Museum of Art, 2005.100.557 (15). Domaine public.
La longue vie technique du blueprint
Pendant que la science explore ce que le cyanotype permet de voir, l'industrie en retient surtout la fidélité et le faible coût, et le procédé connaît sa plus longue carrière sous un autre nom, le blueprint. Durant les années 1860, l'entreprise parisienne Marion et Cie crée un papier réservé au cyanotype, qu'elle perfectionne la décennie suivante avec le papier ferro-prussiate.
Tout au long de la fin du dix-neuvième siècle et d'une bonne partie du vingtième, c'est lui qui sert à reproduire les plans d'architectes et d'ingénieurs, par contact à partir d'un calque, en grand nombre et à bas prix.
Le résultat est cette image en négatif si reconnaissable, des lignes blanches sur un fond bleu uni, dont l'usage est resté dans la langue avec le mot anglais blueprint, employé encore aujourd'hui au sens figuré pour désigner un projet ou un modèle.
Cette destinée industrielle explique aussi pourquoi le mot cyanographie s'est attaché plutôt à cet emploi technique et reproductible, là où le mot cyanotype garde sa charge photographique et artistique.

Plan technique de l’arrivée et de l’évacuation d’une baignoire au palais Hallwyl, 1922, tirage au bleu. Hallwyl Museum, HWY LXIV:III:B.b.b.81. Photographie : Jenny Bergensten. Domaine public. Crédit : Hallwyl Museum · photographie Jenny Bergensten.
Le renouveau artistique contemporain
L'arrivée de la xérographie, le procédé des photocopieurs, et du dessin assisté par ordinateur fait peu à peu disparaître le blueprint des bureaux d'études, mais le cyanotype ne s'éteint pas pour autant, car il renaît ailleurs, dans le champ de l'art et de la photographie alternative.
Des artistes redécouvrent dans ce bleu une matière vivante et un geste manuel, à rebours de l'image numérique, et le procédé retrouve une vitalité qu'il n'avait plus connue depuis Anna Atkins.
Ce renouveau prend des formes variées, du photogramme végétal au grand format sur tissu, en passant par l'exploration des virages qui déplacent le bleu vers le brun ou le violet. Les artistes contemporains, leur scène et les démarches qui la traversent prolongent cette histoire jusqu'à aujourd'hui.
Ce que cette histoire dit du procédé
Vue d'ensemble, cette trajectoire éclaire ce qui fait la singularité du cyanotype, sa simplicité même. C'est parce qu'il ne demande que deux sels de fer, le soleil et l'eau, qu'il a pu passer du cabinet du savant à l'herbier de la botaniste, puis au bureau de l'ingénieur et enfin à l'atelier de l'artiste, en s'adaptant à chaque fois sans changer de nature.
Cette continuité explique aussi pourquoi le procédé reste aujourd'hui aussi accessible qu'en 1842, et pourquoi on l'aborde encore avec les mêmes gestes. Le kit cyanotype Stenoflex reprend cette chimie d'origine, les deux flacons de sels de fer, le papier et la notice, pour réaliser à son tour des empreintes bleues dans la lignée de Herschel et d'Atkins.
C'est cette fidélité à un principe simple qui a traversé deux siècles et fait du cyanotype l'un des plus anciens procédés photographiques toujours pratiqués.
Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.


