Le cyanotype est un procédé peu dangereux : ses deux sels de fer, le citrate d'ammonium ferrique et le ferricyanure de potassium, sont peu toxiques aux doses du procédé et se manipulent avec des gants, dans une pièce aérée. Le ferricyanure peut toutefois libérer du cyanure au contact d'un acide ou sous les UV en solution : on ne le met donc jamais au contact d'un acide.
Le cyanotype passe pour un procédé doux, sans chambre noire ni vapeurs agressives, et c'est largement mérité. Reste qu'il met en jeu deux sels chimiques, et la question du danger revient à chaque atelier, le plus souvent portée par le mot ferricyanure qui inquiète à tort. Voici ce que recouvre vraiment ce risque, sans le dramatiser ni le minimiser, avec les quelques gestes qui suffisent à pratiquer l'esprit tranquille.
La sécurité ne se règle pas une fois pour toutes, elle se joue dans la manière de doser et de manipuler, ce qui la rattache directement à la recette du cyanotype et à ses proportions. Si vous abordez le procédé pour la première fois, le guide du cyanotype replace ces gestes dans l'ensemble de la pratique.
Quels produits chimiques entrent dans le cyanotype
Le procédé repose sur deux poudres que l'on dissout dans l'eau, le citrate d'ammonium ferrique et le ferricyanure de potassium. Ce sont des sels de fer, sensibles à la lumière ultraviolette une fois mélangés, et c'est cette sensibilité qui permet à l'image bleue de se former au soleil.
Aucun des deux n'est anodin, mais aucun n'appartient non plus à la catégorie des toxiques violents. À l'état de poudre puis de solution, ils demandent la prudence d'un produit d'entretien ménager, ne pas inhaler la poussière, ne pas se frotter les yeux et ne rien porter à la bouche.
Le seul vrai risque à la préparation tient à la poudre fine qui peut voler, on ouvre donc les flacons sans geste brusque et l'on dissout sans tarder dans l'eau.
Le mythe du cyanure dans le cyanotype
Le nom fait peur, et l'on entend parfois qu'un cyanotype reviendrait à manipuler du cyanure. C'est une confusion à lever clairement. Le ferricyanure de potassium contient bien des groupements cyanure, mais ils sont étroitement liés à un atome de fer au cœur de la molécule, et cette liaison est très stable.
Concrètement, le ferricyanure est peu toxique aux doses du procédé, mais il peut libérer du cyanure au contact d'un acide ou sous les UV en solution. Le danger réel du cyanure, le gaz qui bloque la respiration, ne se présente pas dans une pratique normale : il faudrait un acide fort et concentré ou une forte chaleur pour en libérer une quantité dangereuse.
La règle qui en découle est simple :
- ne jamais ajouter d'acide à la solution sensible ;
- ne jamais mettre les sels ou les bains au contact d'un acide fort ;
- ne jamais chauffer une solution ;
- ne pas vider les eaux de rinçage n'importe où.
Un bain d'eau légèrement vinaigrée, très diluée, reste en revanche sans danger particulier au rinçage : le chimiste Mike Ware, référence du cyanotype, juge « pas dangereux » un bain d'acide dilué à 1%.
Le bleu de Prusse un pigment stable
Une fois l'image rincée et sèche, ce qui reste sur le papier n'est plus les sels de départ mais le bleu de Prusse, un pigment insoluble qui est la couleur même de votre tirage. Ce composé est remarquablement stable, il ne relargue ni ses atomes de fer ni ses groupements cyanure, et c'est ce qui fait sa tenue dans le temps.
Il est si stable qu'il sert en médecine, administré dans certains cas d'intoxication aux métaux lourds, ce qui en dit long sur son inertie une fois formé. Un cyanotype terminé se touche donc et s'expose comme n'importe quelle image. Tout le soin se concentre en amont, sur la phase humide où les sels sont encore solubles et actifs.
Les gestes de sécurité en pratique
La protection tient en peu de chose et n'a rien d'un équipement de laboratoire. Des gants en nitrile ou en latex évitent que la solution ne tache et n'irrite la peau, car au-delà du risque chimique modéré, les sels marquent les doigts d'un brun tenace.
Une pièce aérée, fenêtre entrouverte au moment d'ouvrir les flacons, règle la question de la poussière, non par crainte de vapeurs dangereuses qui n'existent pas ici, mais pour ne pas respirer la fine poudre des sels.
Le reste relève du bon sens, ne pas boire ni manger en manipulant, réserver des récipients qui ne resserviront pas en cuisine, travailler sur une surface lavable et nettoyer les éclaboussures aussitôt. Ces gestes deviennent vite des réflexes.
- Des gants en nitrile ou en latex
- Une pièce aérée, fenêtre entrouverte au moment d'ouvrir les flacons
- Aucun acide dans la solution sensible, aucun acide fort au contact des sels ou des bains
- Aucune solution chauffée
- Ni boisson ni nourriture pendant la manipulation
- Des récipients réservés, qui ne serviront pas en cuisine
- Une surface lavable, les éclaboussures nettoyées aussitôt
- Les réactifs rangés en hauteur et fermés

Enfiler ses gants et préparer une surface lavable avant de manipuler les solutions.
Pratiquer le cyanotype avec des enfants
Le cyanotype est une belle activité à partager avec des enfants, l'image qui monte au rinçage les émerveille toujours, mais elle se mène sous la supervision d'un adulte. Le partage des rôles est la clé, l'adulte garde la préparation des solutions et la manipulation des flacons, tout ce qui touche au produit concentré.
Les enfants interviennent sur les étapes les plus gratifiantes, disposer les fleurs et les objets sur le papier sensibilisé, surveiller le virage au soleil, puis plonger le tirage dans l'eau. Avec des gants à leur taille et la consigne de ne pas porter les mains au visage, le risque devient négligeable. On range les réactifs en hauteur et fermés, comme un produit ménager.
Comment éliminer les bains de cyanotype
Reste l'eau de rinçage et les fonds de bain une fois la séance finie. Les volumes d'une pratique amateur sont faibles et l'eau de rinçage très diluée, mais quelques précautions valent mieux que l'à-peu-près.
Le plus simple est de regrouper les bains usagés, de les laisser reposer pour que le bleu de Prusse se dépose, puis de filtrer ce dépôt insoluble avant d'éliminer le liquide clair. Les fonds de solution sensible encore concentrés, eux, rejoignent la filière des bains photographiques en déchèterie, celle des déchets ménagers spéciaux et dangereux.
- Regrouper les bains usagés
- Les laisser reposer pour que le bleu de Prusse se dépose
- Filtrer ce dépôt insoluble
- Éliminer le liquide clair, jamais dans un jardin, une mare ou un cours d'eau
- Porter les fonds de solution concentrés en déchèterie
On évite de verser des solutions concentrées et fraîches directement à l'évier, et l'on ne rejette jamais ces bains dans un jardin, une mare ou un cours d'eau, car les sels de fer dissous ne sont pas anodins pour la vie aquatique. Pour le rinçage aussi, mieux vaut travailler avec des volumes d'eau maîtrisés. Doser au plus juste selon la recette limite à la source ce qu'il faudra ensuite éliminer.
Que faire en cas de contact avec la peau
Sur la peau, un rinçage abondant à l'eau suffit, la tache brune qui peut subsister s'estompe en quelques jours sans gravité. En cas de projection dans les yeux, on rince longuement à l'eau claire et l'on consulte si une gêne persiste. Ces incidents restent bénins avec des solutions diluées, mais ils rappellent l'intérêt des gants et d'un geste posé.
Plutôt que d'acheter chaque sel au poids, le kit cyanotype Stenoflex rassemble les deux flacons, le papier et les pipettes avec une notice, ce qui simplifie une première mise en œuvre dans de bonnes conditions.
Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.


