Au fond de la boîte, on glisse une simple feuille de papier photo noir et blanc, sans film, sans bobine ni aucun mécanisme, et c'est la lumière qui fait le reste.
C'est le choix de départ de presque tous ceux qui débutent au sténopé, et il est judicieux, car le papier coûte peu, se manipule sans matériel de pro et se développe sous une lumière rouge où rien ne disparaît entre vos doigts.
Encore faut-il comprendre ce qu'on tient, car ce papier a des règles bien à lui qui décident de la réussite de la photo avant même que vous ayez ouvert l'obturateur. Pour le cadre général du procédé, le sténopé guide complet pose les bases.
Quel papier photo choisir pour débuter au sténopé
On part du papier de tirage noir et blanc, celui qu'on utilise habituellement en chambre noire pour faire des agrandissements, et qu'on détourne ici pour servir de surface sensible directement dans la boîte.
Il en existe deux familles. Le papier à contraste fixe (dit gradé) a une dureté figée, ce qui le rend simple et prévisible, donc parfait pour apprendre. Le papier à contraste variable (dit multigrade) change de dureté selon le filtre placé devant la lumière au tirage, une souplesse appréciable mais dont vous n'avez pas besoin pour vos premières feuilles.
Commencez avec ce qui vous tombe sous la main, car à ce stade la sensibilité et la manipulation comptent davantage que le grade.
Papier mat ou brillant pour le négatif
Le brillant rend des noirs plus profonds et des détails plus nets, ce qui en fait notre conseil pour un négatif papier que vous comptez scanner ensuite. Le mat diffuse la lumière, adoucit l'image et tue les reflets, mais c'est affaire de goût, à garder pour plus tard.
| Papier | Ce qu'il donne | Pour débuter |
|---|---|---|
| Contraste fixe (gradé) | Dureté figée, simple et prévisible | Parfait pour apprendre |
| Contraste variable (multigrade) | Dureté réglée par un filtre au tirage | Pas nécessaire |
| Brillant | Noirs profonds, détails nets | Conseillé pour un négatif à scanner |
| Mat | Image adoucie, sans reflets | Affaire de goût, pour plus tard |
Le papier plutôt que le film grâce à la lumière inactinique
La raison tient en un mot, la lumière rouge. Le papier photo noir et blanc étant très peu sensible au rouge, sur quelques minutes et à bonne distance de la lampe, vous travaillez sous un éclairage dit inactinique, une lampe rouge sous laquelle vous voyez vos gestes sans voiler la feuille, si bien qu'on charge la boîte, on développe et on regarde l'image apparaître, le tout à la lumière.
Le film, lui, est sensible à toutes les couleurs et se charge comme se développe dans le noir total, à l'aveugle, ce qui constitue une barrière inutile pour un premier sténopé.
| Critère | Papier photo | Film |
|---|---|---|
| Couleurs | Peu sensible au rouge | Sensible à toutes les couleurs |
| Lumière de travail | Lampe rouge inactinique | Noir total |
| Chargement et développement | En voyant ses gestes | À l'aveugle |
| Pour un premier sténopé | Le choix de départ | Une barrière inutile |
Pour charger le sténopé, découpez sous la lampe rouge une feuille à la taille du fond de la boîte, placez-la face sensible tournée vers le trou, puis refermez la boîte et scellez à l'adhésif noir les bords par lesquels la lumière pourrait passer.
Le papier pardonne aussi vos approximations, puisqu'une feuille ratée ne coûte presque rien et que c'est justement en ratant qu'on apprend.

La sensibilité basse du papier photo de 3 à 6 ISO
Voici le point qui surprend tout le monde en atelier. Un papier de tirage tourne autour de 3 à 6 ISO, là où un film courant est des dizaines de fois plus sensible à la lumière, de sorte que le papier capte très peu et travaille lentement.
Les temps de pose s'allongent en conséquence. Là où un appareil classique fige une scène en une fraction de seconde, votre sténopé sur papier réclame des secondes en plein soleil et des minutes en lumière faible, une lenteur qui vient autant du papier que du minuscule trou.
Pour un premier essai sur papier, comptez quelques secondes à une vingtaine de secondes en plein soleil, plusieurs dizaines de secondes par ciel couvert et plusieurs minutes à l'intérieur près d'une fenêtre, puis ajustez d'après le résultat.
Pour estimer la durée selon votre lumière, voyez le temps de pose au sténopé.

La conservation du papier photo à l'abri de la lumière
Le papier a trois ennemis, la lumière, l'humidité et le temps.
La lumière d'abord, dont le papier se protège en restant dans son emballage opaque d'origine, refermé après chaque prélèvement et ouvert seulement sous la lumière inactinique rouge, car une seconde de plein jour sur la pile entière suffit à tout voiler.
L'humidité ensuite, contre laquelle on stocke les feuilles à plat, au sec et à l'abri de la chaleur, sachant qu'une feuille gondolée se cale mal au fond de la boîte et perd en netteté.
Le temps enfin, car un papier vieux ou mal conservé se voile tout seul et perd de sa vigueur, d'où l'intérêt d'acheter selon ce que vous consommez et de garder le reste fermé.
Garder assez de papier pour une séance de sténopé
Le papier file vite quand on débute, le temps de tâtonner sur la pose, de recommencer un cadrage et de griller deux ou trois feuilles avant la bonne, ce qui est normal et reste même le meilleur moyen d'apprendre.
Prévoyez donc de la marge, car rien n'est plus frustrant qu'une belle lumière de fin de journée et un paquet vide.
Si vous débutez tout juste et cherchez par où commencer, le guide pour débuter le sténopé reprend chaque étape dans l'ordre. Une fois la pose terminée, reste à développer la photo, une autre étape avec ses propres règles. Le papier y passe dans le révélateur, le bain d'arrêt puis le fixateur, avant un lavage à l'eau, le tout sous la lumière rouge.
Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation au sténopé et au développement argentique.


