Insoleuse UV maison à tubes pour cyanotype ouverte sur un établi d'atelier

Choisir ou fabriquer une insoleuse pour le cyanotype

Écrit par Éric Marais

Pour choisir une insoleuse de cyanotype, vérifiez qu'elle émet des UVA vers 365 nanomètres avec des tubes BLB, que sa surface utile dépasse votre plus grand format et qu'elle plaque bien le négatif, la minuterie étant un plus. Le soleil suffit pour découvrir le cyanotype, mais il ne se commande pas.

Un ciel qui se couvre en cours d'exposition, une saison sans lumière, l'envie de tirer une série identique le soir venu, et l'on cherche vite une source d'ultraviolets stable. C'est le rôle de l'insoleuse, un caisson équipé de tubes UV qui remplace le soleil par une lumière constante. Le choix d'une lampe UV ou d'une insoleuse à acheter dépend de votre cadence, du premier tirage au centième.

Vous trouverez ici les critères d'achat du caisson, les éléments d'un montage maison et son calibrage. Le guide pratique du cyanotype resitue chaque étape du procédé. Le geste d'insolation, la lecture du virage et le temps de pose sont traités dans notre guide sur l'insolation du cyanotype ; le dépannage à la lampe d'appoint, dans la page sur le cyanotype sans soleil.

À quoi sert une insoleuse en cyanotype

Une insoleuse est une boîte fermée qui éclaire le papier sensibilisé avec une nappe d'ultraviolets régulière. Le papier et son négatif, plaqués l'un contre l'autre sous une vitre, reçoivent une dose de lumière toujours identique d'un tirage à l'autre.

Le gain n'est pas la vitesse, une insoleuse domestique reste plus lente qu'un plein soleil d'été, mais la reproductibilité. Une fois le bon temps trouvé pour un papier et un négatif donnés, vous le retrouvez à l'identique le lendemain comme en plein hiver, ce qu'aucun ciel ne garantit. Pour qui tire en série ou enseigne, cette constance vaut l'investissement.

L'autre intérêt tient à l'uniformité. Le soleil arrive en lumière directionnelle et peut creuser une ombre sous un objet épais ; une insoleuse bien conçue diffuse les UV de façon homogène sur toute la surface. C'est précieux pour les grands formats et les photogrammes délicats.

Schéma d'une insoleuse en coupe : une nappe d'UV régulière éclaire le papier et son négatif plaqués sous une vitre

Une insoleuse donne à chaque tirage la même dose d'ultraviolets, répartie sur toute la surface.

Quels tubes UVA pour équiper le caisson

Tout se joue sur la longueur d'onde de la lumière. Le cyanotype réagit aux ultraviolets proches du visible, autour de 350 à 400 nanomètres, ce que l'on appelle les UVA. C'est cette bande qui réduit le fer III en fer II et déclenche la formation du bleu de Prusse.

Les tubes adaptés portent souvent la mention BLB, pour blacklight blue, et émettent leur pic vers 365 à 370 nanomètres. Ce sont les mêmes que ceux des lumières noires, vendus en formats fluorescents ou en barrettes LED. À l'inverse, les tubes germicides dits UVC, qui rayonnent vers 254 nanomètres, sont à proscrire, ils n'aident pas le procédé et présentent un danger pour les yeux et la peau.

Le nombre de tubes et leur proximité avec le papier fixent la puissance reçue. Un montage courant aligne quatre à huit tubes de quinze à vingt watts, espacés de deux à trois centimètres, placés à quelques centimètres du plan d'exposition. Plus ils sont nombreux et rapprochés, plus la pose est courte, mais le réglage exact se trouve par l'essai, jamais par le calcul.

Schéma : la bande des UVA juste avant le violet du spectre, et des tubes UVA alignés au-dessus du papier

Le cyanotype réagit aux UVA proches du visible : des tubes alignés et rapprochés au-dessus du papier.

Acheter une insoleuse toute faite

Le commerce propose des insoleuses pensées pour les procédés anciens et la sérigraphie, qui conviennent très bien au cyanotype. Ce sont des caissons fermés à tubes UV, souvent équipés d'une vitre de contact et d'une minuterie qui coupe la lumière au temps voulu.

Trois points méritent l'attention avant l'achat :

  • La surface utile doit dépasser le plus grand format que vous comptez tirer, sans ombre sur les bords.
  • La minuterie est commode pour répéter une pose à la seconde près.
  • Un bon système de contact, vitre lourde ou couvercle pressant, reste indispensable, car un négatif mal plaqué donne une image molle quelle que soit la qualité des tubes.

Une insoleuse du commerce coûte plus cher qu'un montage maison, mais elle arrive réglée, calibrée et sûre. C'est le choix de la tranquillité pour qui tire beaucoup. Pour une pratique occasionnelle, la fabrication maison reste souvent le meilleur rapport entre le prix et l'usage. Pour quelques tirages d'été en revanche, le soleil et un kit de cyanotype suffisent, sans aucun équipement.

Insoleuse du commerce ouverte : tubes UV au couvercle, feuille sensibilisée et négatif sous une vitre de contact lourde

Une insoleuse du commerce : caisson à tubes UV et vitre de contact lourde, surface utile plus grande que le format.

Fabriquer son insoleuse UV soi-même

Une insoleuse DIY tient en quelques éléments, et beaucoup d'ateliers fonctionnent depuis des années avec un montage maison. Le principe est simple :

  • un coffre opaque ;
  • une rangée de tubes UVA au plafond ;
  • un plan de pose en bas ;
  • une vitre pour plaquer le négatif sur le papier.

Le cœur du montage, ce sont les tubes UVA et leurs ballasts, ces réglettes fluorescentes que l'on trouve en quincaillerie. On les fixe côte à côte sous le couvercle d'une caisse en bois, peinte en blanc à l'intérieur pour renvoyer la lumière. Pour un format A4 à A3, quatre à six tubes UVA de quinze à vingt watts, à quelques centimètres du papier, donnent déjà de bons résultats.

Le plan de contact se compose d'une planche bien plate recouverte d'une mousse fine, sur laquelle on pose le papier puis le négatif, et d'une vitre par-dessus pour tout plaquer. La pression du verre assure le contact serré qui fait la netteté de l'image ; un châssis presse à charnière joue le même rôle sans vitre à soulever.

La sécurité électrique n'est pas négociable. On câble les tubes selon les notices, on protège le circuit, et l'on referme le coffre pour que les UV ne fuient pas vers les yeux. Si l'électricité vous est étrangère, mieux vaut faire vérifier le montage par quelqu'un de compétent.

Schéma d'insoleuse maison ouverte : tubes UV dans le couvercle, puis planche, mousse, papier enduit, négatif et vitre

Une boîte en bois peinte en blanc dedans, des tubes UV au couvercle, et le tirage pressé sous une vitre.

Calibrer son insoleuse une fois pour toutes

Une insoleuse, achetée ou fabriquée, ne donne sa pleine valeur qu'une fois calibrée. Il s'agit de trouver, pour votre papier et votre type de négatif, le temps de pose qui donne le bleu le plus profond sans boucher les ombres.

La méthode tient en une bande d'essai. On masque progressivement une chute de papier sensibilisé, on l'expose par paliers de deux ou trois minutes, on rince et l'on lit quel palier offre le meilleur bleu, ni pâle ni voilé. Ce temps devient votre repère, à noter sur le coffre.

Car les tubes UVA perdent en intensité avec les heures de fonctionnement. Une pose qui s'allonge sans raison signale souvent des tubes fatigués, à remplacer. Un papier neuf ou un négatif plus dense demandent eux aussi un recalibrage, mais la logique reste la même, le virage de couleur en surface guide la lecture, comme pour une exposition au soleil.

Masque opaque préparé sur une bande d’essai cyanotype sous vitre, dans une insoleuse éteinte.

Mise en place du masque d’une bande d’essai, source UV éteinte entre les manipulations.

Choisir entre insoleuse et soleil

Le soleil reste la plus belle source d'UV, gratuite et puissante, parfaite pour découvrir le procédé et tirer au fil des saisons, à condition d'accepter que le temps d'exposition au soleil change avec la saison et le ciel. L'insoleuse ne le remplace pas, elle offre ce qu'il ne donne pas, une lumière disponible à toute heure et rigoureusement constante.

Le bon repère est votre pratique. Dès que la régularité compte, parce que vous tirez en série, enseignez ou voulez travailler l'hiver, l'insoleuse devient l'outil qui fiabilise chaque exposition.

Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.