Pour réussir un cyanotype en hiver, exposez-le autour du midi solaire, par journée claire et à découvert : une image qui demanderait quelques minutes en été peut réclamer plusieurs dizaines de minutes, jusqu'à ce que la surface vire au gris-bleu bronzé.
L'essentiel tient en cinq règles :
- exposer autour du midi solaire, quand le soleil est au plus haut ;
- choisir une journée claire et poser la feuille à découvert, jamais derrière une vitre ;
- éviter l'ombre des murs, qui s'allonge vite en hiver ;
- compter plusieurs dizaines de minutes et juger au virage gris-bleu bronzé, pas à la montre ;
- passer à la lampe UV quand le soleil manque vraiment.
Le cyanotype passe pour un procédé d'été, et pourtant on peut tirer de belles images en plein hiver. Il faut seulement savoir ce que la saison retire au soleil, et accepter un rythme plus lent. Un tirage de décembre ne se conduit pas comme un tirage de juillet, et c'est en hiver que les ratés les plus fréquents apparaissent.
Cette page reste sur le tirage par faible soleil, en hiver et sous un ciel gris. Le geste d'exposition lui-même, et la question générale de la durée, sont traités dans la page sur l'insolation du cyanotype, et le guide complet du cyanotype resitue le procédé dans son ensemble.
Ce que l'hiver retire aux UV
Un cyanotype s'insole aux ultraviolets, la part invisible du rayonnement solaire qui déclenche la formation du bleu. En hiver, le soleil reste bas sur l'horizon, ses rayons traversent l'atmosphère en oblique et perdent une bonne part de leur charge ultraviolette en chemin.
À ciel clair, un midi de juillet peut délivrer plusieurs fois plus d'UV qu'un midi de janvier. C'est cet écart, bien plus que le froid ressenti, qui explique pourquoi la même feuille, le même négatif et la même solution demandent un temps si différent d'une saison à l'autre.
Choisir l'heure et le jour en hiver
En hiver, la fenêtre utile se resserre autour du midi solaire, quand le soleil atteint sa hauteur maximale. En début de matinée et en fin d'après-midi, la lumière reste agréable à l'œil mais elle est déjà très pauvre en ultraviolets, et un tirage lancé trop tard traînera bien plus qu'on ne le croit.
On guette donc une journée claire et l'on lance l'insolation en milieu de journée. On expose la feuille face au ciel, à découvert, jamais derrière une vitre, car le verre des fenêtres bloque une fraction notable des UV. On évite aussi l'ombre d'un mur, qui en hiver s'allonge vite et vole une part du rayonnement utile. Le papier se prépare à l'avance, et le kit cyanotype en fournit dix feuilles avec les deux flacons de sels de fer.
- Choisissez une journée claire et le milieu de journée.
- Exposez la feuille face au ciel, à découvert, sans vitre de fenêtre.
- Évitez l’ombre des murs, qui s’allonge vite en hiver.

Installer le montage à découvert pendant une éclaircie hivernale, puis juger l’exposition par des essais.
Accepter des insolations longues
En plein hiver, même par une belle journée claire, une image qui demanderait quelques minutes en été peut réclamer plusieurs dizaines de minutes. Cette lenteur n'a rien d'anormal, elle est le prix de la saison, et vouloir l'écourter donne des tirages pâles qui s'effacent au rinçage.
Le seul repère fiable reste la couleur de la surface. La feuille sensibilisée passe du jaune-vert pâle à un gris-bleu bronzé à mesure qu'elle s'insole, et c'est ce virage qui dit quand arrêter, quelle que soit l'heure affichée. L'erreur typique de l'hiver consiste à reprendre une durée qui marchait en été, puis à s'étonner d'un tirage délavé.
Ce qui reste praticable sous un ciel blanc ou gris
Un ciel couvert n'interdit pas le tirage. Un ciel blanc et lumineux laisse passer une part notable des UV, et l'on peut y travailler, simplement plus lentement. Un ciel bas et plombé, en revanche, rend l'insolation longue et incertaine, parfois proche d'une heure, et un passage nuageux rallonge le temps sans prévenir.
Par ces journées grises, on surveille le virage plus souvent que d'habitude, et l'on accepte d'arrêter un tirage qui n'avance plus plutôt que de le laisser dehors jusqu'au soir.
Quand passer à la lampe UV
Quand le soleil manque vraiment, au cœur de l'hiver ou dans un logement mal exposé, les UV artificiels prennent le relais. Leur intensité reste constante, ce qui donne des durées reproductibles d'un tirage à l'autre, un vrai confort quand le ciel ne coopère pas. Le principe ne change pas, c'est toujours le virage de surface qui décide.
Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.


