Feuilles et fleurs de barbe-de-bouc en blanc sur fond bleu de Prusse, cyanotype d'Anna Atkins

Les procédés photographiques anciens du daguerréotype au cyanotype

Écrit par Éric Marais

Les procédés photographiques anciens sont les techniques inventées au XIXe siècle pour fixer une image par la lumière, de l'héliographie de Niépce en 1827 au daguerréotype, au calotype, au cyanotype, au collodion et aux tirages au platine. On les range en deux familles : les procédés de prise de vue, qui forment l'image dans l'appareil, et les procédés de tirage, qui reproduisent un négatif par contact.

Le sténopé et le cyanotype appartiennent tous deux à cette histoire, l'un comme manière de former l'image, l'autre comme procédé de tirage. Cette page les situe parmi leurs cousins, puis renvoie vers les articles qui détaillent chacun d'eux, à commencer par le guide du sténopé et le guide du cyanotype.

Deux familles et deux logiques

Un procédé de prise de vue enregistre la lumière au fond d'une chambre noire. Il donne soit un positif direct, une image unique comme le daguerréotype, soit un négatif dont on tirera des positifs.

Un procédé de tirage part d'un négatif, ou d'un objet posé à plat, et l'imprime par contact sur une feuille sensible exposée au soleil ou à une lampe. Le papier salé, le papier albuminé, le cyanotype ou le platine relèvent de cette seconde famille.

La distinction compte pour qui pratique. Un sténopé chargé de papier produit un négatif. Le cyanotype, lui, ne forme pas d'image dans un appareil : il tire un négatif, ou fait un photogramme à partir d'objets.

Vue plongeante d'un boulevard parisien bordé d'immeubles, épreuve sur papier salé aux tons bruns

William Henry Fox Talbot, Vue des boulevards de Paris, épreuve sur papier salé tirée d'un négatif papier, 1843. The Metropolitan Museum of Art, New York. Domaine public.

Les procédés de prise de vue

L'héliographie de Niépce

Nicéphore Niépce enduit une plaque d'étain de bitume de Judée, une matière qui durcit à la lumière, et l'expose plusieurs heures dans une chambre noire. Le Point de vue du Gras, daté de 1827, est la plus ancienne photographie conservée.

Le daguerréotype

Rendu public en 1839, le daguerréotype forme une image unique sur une plaque de cuivre argentée, sensibilisée à l'iode et révélée aux vapeurs de mercure. Très net, il est surtout utilisé de 1840 à 1865. Sa chimie et ses particularités sont expliquées dans l'article sur le fonctionnement du daguerréotype.

Le calotype

Mis au point par William Henry Fox Talbot et breveté en 1841, le calotype produit un négatif sur papier, dont on tire des positifs par contact. C'est l'ancêtre direct du négatif papier que donne un sténopé.

Le collodion humide

En 1851, Frederick Scott Archer introduit le négatif sur verre au collodion humide, qui supplante vite les procédés précédents. Une plaque de verre est enduite de collodion, une solution de fulmicoton dans l'éther, sensibilisée au nitrate d'argent, puis exposée et développée encore humide, comme l'explique le Science and Media Museum.

Le collodion donne aussi des positifs directs. L'ambrotype est un négatif sur verre posé sur un fond sombre, le ferrotype une image sur une fine plaque de métal vernie de noir. Sa chimie à l'éther en fait un procédé d'atelier spécialisé.

Le papier gélatino-argentique

À partir des années 1880, l'industrie fabrique des papiers à la gélatine argentique déjà sensibles, sur lesquels la lumière forme une image latente révélée au développement. C'est la famille du papier photo noir et blanc d'aujourd'hui, celui que l'on charge dans un sténopé.

Et le sténopé dans tout cela

Le sténopé n'est pas un procédé chimique mais une façon de former l'image, avec un simple trou à la place de l'objectif. Il peut recevoir du papier, du film ou un capteur. Son long chemin, de la chambre noire antique aux premiers tirages, est raconté dans l'histoire du sténopé.

Vue floue de bâtiments et de toits depuis une fenêtre, héliographie de Nicéphore Niépce

Joseph Nicéphore Niépce, Vue de la fenêtre au Gras, héliographie, 1827. Harry Ransom Center, université du Texas à Austin. Domaine public.

Les procédés de tirage

Le papier salé

Inventé par Talbot en 1839, le papier salé est sensibilisé au chlorure et au nitrate d'argent, puis mis en contact avec un négatif et exposé à la lumière. Ses épreuves sont mates, aux tons chauds allant du rouge profond au violet, avec les fibres du papier bien visibles.

Le papier albuminé

Introduit par Louis Désiré Blanquart-Évrard en 1850, le papier albuminé est couvert d'une couche de blanc d'œuf avant d'être sensibilisé au nitrate d'argent et tiré par contact. Il est surtout utilisé de 1850 à 1895, selon Bibliothèque et Archives Canada.

Le cyanotype

Mis au point par John Herschel en 1842, le cyanotype remplace l'argent par deux sels de fer. Exposé au soleil sous un négatif ou un objet, le papier forme du bleu de Prusse là où la lumière passe, puis un simple rinçage à l'eau révèle l'image. Sa définition complète est donnée dans l'article cyanotype, définition simple.

La botaniste Anna Atkins en fait dès 1843 un outil scientifique, et le procédé connaîtra plus tard une longue carrière industrielle sous le nom de blueprint.

Le tirage au charbon

Inventé par Louis-Alphonse Poitevin en 1855, le tirage au charbon n'utilise pas d'argent. Une gélatine bichromatée chargée de pigment durcit à la lumière sous le négatif, et l'image se dépouille ensuite dans l'eau tiède.

Le platine et le palladium

Le platinotype, inventé par William Willis en 1873, associe des sels de platine ou de palladium à des sels de fer sensibles à la lumière. Tiré par contact puis développé, il offre une gamme très étendue de gris, du gris pâle au noir profond. Il partage avec le cyanotype cette chimie du fer.

Le photogramme

Le photogramme n'est pas un procédé chimique à part mais un usage : des objets posés directement sur une surface sensible, sans négatif ni appareil. Talbot l'explore dès les années 1830, et il se pratique aussi bien sur papier photo qu'au cyanotype. Laissé au soleil sans révélateur, le papier photo donne même un lumen print, où l'image apparaît en rose ou en violet.

Un tableau pour s'y retrouver

Procédé Date Famille Ce qu'il produit
Héliographie 1827 Prise de vue Image unique sur étain
Daguerréotype 1839 Prise de vue Positif direct sur cuivre argenté
Papier salé 1839 Tirage Positif mat par contact
Calotype 1841 Prise de vue Négatif sur papier
Cyanotype 1842 Tirage Image bleu de Prusse
Papier albuminé 1850 Tirage Positif par contact
Collodion humide 1851 Prise de vue Négatif sur verre
Tirage au charbon 1855 Tirage Image au pigment
Platinotype 1873 Tirage Image au platine
Gélatino-argentique années 1880 Prise de vue et tirage Papier et film modernes
Daguerréotype d'une fontaine monumentale sur une place de Paris vers 1841, aux tons gris argentés

Joseph-Philibert Girault de Prangey, Fontaine de la place du Château-d'Eau à Paris, daguerréotype, 1841-1842. The Metropolitan Museum of Art, New York. Domaine public.

Lesquels pratiquer chez soi aujourd'hui

La plupart de ces procédés demandent une chimie lourde. Le daguerréotype repose sur des vapeurs de mercure, le collodion sur une solution inflammable, et les papiers salés ou albuminés demandent de sensibiliser soi-même le papier au nitrate d'argent.

Deux voies restent simples et accessibles pour débuter à la maison. Le sténopé sur papier photo noir et blanc se développe sous lumière rouge, dans deux bains, et le Sténoflex mini-labo réunit la boîte, dix feuilles, le révélateur et le fixateur.

Le cyanotype se fait au soleil et se révèle à l'eau. Le kit de cyanotype prêt à l'emploi fournit les deux sels de fer, dix feuilles de papier aquarelle, deux pipettes et une notice. Entre les deux, vous tenez les deux grandes logiques du XIXe siècle : former une image dans une boîte, et l'imprimer par contact.

Pour aller plus loin

Image d'en-tête : Anna Atkins, Spiraea aruncus (Tyrol), cyanotype, 1851-1854. The Metropolitan Museum of Art, New York. Domaine public.

Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.