Les procédés photographiques anciens sont les techniques inventées au XIXe siècle pour fixer une image par la lumière, de l'héliographie de Niépce en 1827 au daguerréotype, au calotype, au cyanotype, au collodion et aux tirages au platine. On les range en deux familles : les procédés de prise de vue, qui forment l'image dans l'appareil, et les procédés de tirage, qui reproduisent un négatif par contact.
Le sténopé et le cyanotype appartiennent tous deux à cette histoire, l'un comme manière de former l'image, l'autre comme procédé de tirage. Cette page les situe parmi leurs cousins, puis renvoie vers les articles qui détaillent chacun d'eux, à commencer par le guide du sténopé et le guide du cyanotype.
Deux familles et deux logiques
Un procédé de prise de vue enregistre la lumière au fond d'une chambre noire. Il donne soit un positif direct, une image unique comme le daguerréotype, soit un négatif dont on tirera des positifs.
Un procédé de tirage part d'un négatif, ou d'un objet posé à plat, et l'imprime par contact sur une feuille sensible exposée au soleil ou à une lampe. Le papier salé, le papier albuminé, le cyanotype ou le platine relèvent de cette seconde famille.
La distinction compte pour qui pratique. Un sténopé chargé de papier produit un négatif. Le cyanotype, lui, ne forme pas d'image dans un appareil : il tire un négatif, ou fait un photogramme à partir d'objets.

William Henry Fox Talbot, Vue des boulevards de Paris, épreuve sur papier salé tirée d'un négatif papier, 1843. The Metropolitan Museum of Art, New York. Domaine public.
Les procédés de prise de vue
L'héliographie de Niépce
Nicéphore Niépce enduit une plaque d'étain de bitume de Judée, une matière qui durcit à la lumière, et l'expose plusieurs heures dans une chambre noire. Le Point de vue du Gras, daté de 1827, est la plus ancienne photographie conservée.
Le daguerréotype
Rendu public en 1839, le daguerréotype forme une image unique sur une plaque de cuivre argentée, sensibilisée à l'iode et révélée aux vapeurs de mercure. Très net, il est surtout utilisé de 1840 à 1865. Sa chimie et ses particularités sont expliquées dans l'article sur le fonctionnement du daguerréotype.
Le calotype
Mis au point par William Henry Fox Talbot et breveté en 1841, le calotype produit un négatif sur papier, dont on tire des positifs par contact. C'est l'ancêtre direct du négatif papier que donne un sténopé.
Le collodion humide
En 1851, Frederick Scott Archer introduit le négatif sur verre au collodion humide, qui supplante vite les procédés précédents. Une plaque de verre est enduite de collodion, une solution de fulmicoton dans l'éther, sensibilisée au nitrate d'argent, puis exposée et développée encore humide, comme l'explique le Science and Media Museum.
Le collodion donne aussi des positifs directs. L'ambrotype est un négatif sur verre posé sur un fond sombre, le ferrotype une image sur une fine plaque de métal vernie de noir. Sa chimie à l'éther en fait un procédé d'atelier spécialisé.
Le papier gélatino-argentique
À partir des années 1880, l'industrie fabrique des papiers à la gélatine argentique déjà sensibles, sur lesquels la lumière forme une image latente révélée au développement. C'est la famille du papier photo noir et blanc d'aujourd'hui, celui que l'on charge dans un sténopé.
Et le sténopé dans tout cela
Le sténopé n'est pas un procédé chimique mais une façon de former l'image, avec un simple trou à la place de l'objectif. Il peut recevoir du papier, du film ou un capteur. Son long chemin, de la chambre noire antique aux premiers tirages, est raconté dans l'histoire du sténopé.

Joseph Nicéphore Niépce, Vue de la fenêtre au Gras, héliographie, 1827. Harry Ransom Center, université du Texas à Austin. Domaine public.
Les procédés de tirage
Le papier salé
Inventé par Talbot en 1839, le papier salé est sensibilisé au chlorure et au nitrate d'argent, puis mis en contact avec un négatif et exposé à la lumière. Ses épreuves sont mates, aux tons chauds allant du rouge profond au violet, avec les fibres du papier bien visibles.
Le papier albuminé
Introduit par Louis Désiré Blanquart-Évrard en 1850, le papier albuminé est couvert d'une couche de blanc d'œuf avant d'être sensibilisé au nitrate d'argent et tiré par contact. Il est surtout utilisé de 1850 à 1895, selon Bibliothèque et Archives Canada.
Le cyanotype
Mis au point par John Herschel en 1842, le cyanotype remplace l'argent par deux sels de fer. Exposé au soleil sous un négatif ou un objet, le papier forme du bleu de Prusse là où la lumière passe, puis un simple rinçage à l'eau révèle l'image. Sa définition complète est donnée dans l'article cyanotype, définition simple.
La botaniste Anna Atkins en fait dès 1843 un outil scientifique, et le procédé connaîtra plus tard une longue carrière industrielle sous le nom de blueprint.
Le tirage au charbon
Inventé par Louis-Alphonse Poitevin en 1855, le tirage au charbon n'utilise pas d'argent. Une gélatine bichromatée chargée de pigment durcit à la lumière sous le négatif, et l'image se dépouille ensuite dans l'eau tiède.
Le platine et le palladium
Le platinotype, inventé par William Willis en 1873, associe des sels de platine ou de palladium à des sels de fer sensibles à la lumière. Tiré par contact puis développé, il offre une gamme très étendue de gris, du gris pâle au noir profond. Il partage avec le cyanotype cette chimie du fer.
Le photogramme
Le photogramme n'est pas un procédé chimique à part mais un usage : des objets posés directement sur une surface sensible, sans négatif ni appareil. Talbot l'explore dès les années 1830, et il se pratique aussi bien sur papier photo qu'au cyanotype. Laissé au soleil sans révélateur, le papier photo donne même un lumen print, où l'image apparaît en rose ou en violet.
Un tableau pour s'y retrouver
| Procédé | Date | Famille | Ce qu'il produit |
|---|---|---|---|
| Héliographie | 1827 | Prise de vue | Image unique sur étain |
| Daguerréotype | 1839 | Prise de vue | Positif direct sur cuivre argenté |
| Papier salé | 1839 | Tirage | Positif mat par contact |
| Calotype | 1841 | Prise de vue | Négatif sur papier |
| Cyanotype | 1842 | Tirage | Image bleu de Prusse |
| Papier albuminé | 1850 | Tirage | Positif par contact |
| Collodion humide | 1851 | Prise de vue | Négatif sur verre |
| Tirage au charbon | 1855 | Tirage | Image au pigment |
| Platinotype | 1873 | Tirage | Image au platine |
| Gélatino-argentique | années 1880 | Prise de vue et tirage | Papier et film modernes |

Joseph-Philibert Girault de Prangey, Fontaine de la place du Château-d'Eau à Paris, daguerréotype, 1841-1842. The Metropolitan Museum of Art, New York. Domaine public.
Lesquels pratiquer chez soi aujourd'hui
La plupart de ces procédés demandent une chimie lourde. Le daguerréotype repose sur des vapeurs de mercure, le collodion sur une solution inflammable, et les papiers salés ou albuminés demandent de sensibiliser soi-même le papier au nitrate d'argent.
Deux voies restent simples et accessibles pour débuter à la maison. Le sténopé sur papier photo noir et blanc se développe sous lumière rouge, dans deux bains, et le Sténoflex mini-labo réunit la boîte, dix feuilles, le révélateur et le fixateur.
Le cyanotype se fait au soleil et se révèle à l'eau. Le kit de cyanotype prêt à l'emploi fournit les deux sels de fer, dix feuilles de papier aquarelle, deux pipettes et une notice. Entre les deux, vous tenez les deux grandes logiques du XIXe siècle : former une image dans une boîte, et l'imprimer par contact.
Pour aller plus loin
- De la chambre noire à la première photographie
- John Herschel, inventeur du cyanotype et du fixateur
- Anna Atkins et le cyanotype botanique
- Du négatif papier au positif, le tirage par contact hérité de Talbot
- Cyanographie ou cyanotype, la différence entre les deux mots
Image d'en-tête : Anna Atkins, Spiraea aruncus (Tyrol), cyanotype, 1851-1854. The Metropolitan Museum of Art, New York. Domaine public.
Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.


