Pour fabriquer une camera obscura, noircissez l'intérieur d'une boîte profonde, percez à l'aiguille un carré d'aluminium collé sur une extrémité, tendez une feuille de calque à l'extrémité opposée, puis tournez le trou vers une scène lumineuse pour voir l'image apparaître sur le calque.
Voir le monde extérieur se dessiner à l'envers sur une feuille de calque, en mouvement et en couleur, à partir d'une simple boîte percée d'un trou : voilà ce que permet une camera obscura, et la fabriquer demande moins de matériel qu'on ne l'imagine. Le but est ici d'observer l'image telle qu'elle se forme, directement avec les yeux.
En bref, en 6 étapes :
- Réunir une boîte profonde, une feuille de calque, un carré d'aluminium fin, une aiguille, de la peinture noire mate et de l'adhésif noir
- Noircir l'intérieur de la boîte à la peinture noire mate ou au carton noir
- Découper une fenêtre de un à deux centimètres dans une extrémité et y coller le carré d'aluminium
- Percer le trou à l'aiguille, d'environ un millimètre
- Tendre la feuille de calque bien à plat à l'extrémité opposée
- Tourner le trou vers une scène très lumineuse et observer le calque en coupant la lumière ambiante avec les mains
On ne cherche pas à enregistrer l'image sur du papier sensible, on cherche à la regarder. Si la mécanique du principe de la camera obscura vous intéresse avant de bricoler, retenez qu'elle tient à une seule idée, la lumière qui voyage en ligne droite. Ce principe est aussi le point de départ de toute la pratique du sténopé.
Ce qui distingue la camera obscura de l'appareil photo
Une camera obscura d'observation et un appareil photographique au sténopé partagent exactement le même cœur, une enceinte noire percée d'un trou unique. Ce qui les sépare tient à ce qu'on place au fond, là où l'image se forme.
Dans la camera obscura que nous allons construire, le fond est un écran translucide, une feuille de calque ou de papier sulfurisé, sur lequel l'image apparaît et se regarde en direct. Rien n'est fixé, l'image vit le temps qu'on l'observe puis disparaît dès qu'on range la boîte.
Dès l'instant où vous voulez garder cette image, il faut remplacer l'écran de calque par une surface photosensible et basculer dans la chimie : vous fabriquez alors un appareil photo au sténopé. Ici, on observe, on n'enregistre rien.
Le kit Sténoflex fournit cette chambre noire toute prête avec son papier et sa chimie, pour ceux qui veulent franchir ce pas après avoir observé l'image projetée.
Le matériel pour une camera obscura en boîte
Tout tient dans des objets ordinaires, et l'essentiel du soin porte sur le noir et sur le trou.
- Une boîte en carton assez profonde, type boîte à chaussures, ou un long carton d'emballage.
- Une feuille de calque ou de papier sulfurisé pour l'écran.
- Un petit carré d'aluminium fin, découpé dans une canette, pour percer un trou propre.
- Une aiguille fine et de la peinture noire mate ou du carton noir pour l'intérieur.
- De l'adhésif noir opaque pour sceller les fuites de lumière.
C'est la même exigence que pour tout sténopé, à une nuance près : pour observer, on tolère que la boîte ne soit pas hermétique, puisqu'on ne craint pas de voiler un papier.
Percer le trou et monter l'écran
Le trou se perce dans l'aluminium, jamais dans le carton épais qui donnerait un bord grossier et une image confuse. Découpez une fenêtre de un à deux centimètres dans une extrémité de la boîte, collez par-dessus le carré d'aluminium à l'adhésif noir, puis percez le trou à l'aiguille en la faisant tourner doucement.
À l'extrémité opposée, tendez la feuille de calque bien à plat, c'est elle qui reçoit l'image. Plus la boîte est longue, plus l'image projetée est grande mais sombre, tandis qu'une boîte courte la donne plus petite et plus lumineuse.
Quelle taille de trou pour bien voir l'image
Pour de la simple observation, un trou d'environ un millimètre offre un bon compromis entre netteté et luminosité. Trop petit, l'image devient sombre et difficile à percevoir à l'œil, alors qu'un trou photographique vise plutôt la finesse au prix de la luminosité.
Pour une image plus nette, percez le trou dans l'aluminium plutôt que dans le carton épais, qui donnerait un bord grossier et une image confuse, et gardez-le bien rond, sans bavure.


Observer l'image projetée à l'envers
Placez la boîte face à une scène très lumineuse, une fenêtre ensoleillée ou un paysage de plein jour, le trou tourné vers la lumière. Approchez l'œil de l'écran de calque, en faisant écran de vos mains pour couper la lumière ambiante, et laissez le regard s'habituer quelques secondes.
L'image apparaît alors, douce, colorée et renversée haut-bas et gauche-droite, parce que les rayons lumineux voyagent en ligne droite et se croisent en passant par le trou ; c'est en fabriquant la boîte qu'on saisit vraiment pourquoi l'image se retrouve à l'envers. C'est précisément le phénomène que la camera obscura donne à voir mieux qu'aucun schéma.

Transformer une pièce en camera obscura
Le principe se passe très bien d'une boîte, et il suffit d'une pièce qu'on peut plonger dans le noir pour le vivre en grand. C'est d'ailleurs sous cette forme, celle d'une chambre où l'on entrait pour voir le dehors projeté sur le mur, que la camera obscura a d'abord été observée bien avant la photographie, par la longue lignée d'observateurs qui ont décrit ce phénomène de l'Antiquité à Ibn al-Haytham.
Choisissez une pièce avec une seule fenêtre donnant sur une scène ensoleillée. Occultez-la avec du carton ou une bâche opaque jusqu'au noir le plus complet possible, puis percez dans cet écran un trou d'un à deux centimètres et laissez vos yeux s'adapter une bonne minute.
Sur le mur opposé, le paysage extérieur se dessine alors en entier, inversé, dans une lumière feutrée. L'image est ténue et demande de la patience, mais l'effet est saisissant et donne corps à un phénomène vieux de plusieurs siècles.
Si vous menez l'activité avec des enfants, faites-leur observer cette image avant de passer à la prise de vue.

De l'image observée à l'image enregistrée
Fabriquer une camera obscura est la manière la plus directe de comprendre, avec les yeux, ce qui se joue dans tout sténopé : un trou, le noir, une image renversée au fond. Tant qu'on se contente de l'écran de calque ou du mur, on observe sans rien conserver.
Pour enregistrer cette image au lieu de la voir disparaître, il faut remplacer l'écran de calque par une surface sensible et passer à la chimie, ce qui marque la frontière entre l'observation et la photographie.
Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation au sténopé et au développement argentique.


