Le daguerréotype est le premier procédé photographique rendu public, en 1839 : une image unique formée sur une plaque de cuivre argentée, sensibilisée aux vapeurs d'iode puis révélée aux vapeurs de mercure. Il ne produit aucun négatif, et c'est pour cela que le sténopé sur papier descend plutôt du calotype de Talbot, son grand rival des années 1840.
Cette page explique comment fonctionnait le daguerréotype, sans proposer de le pratiquer, car sa chimie au mercure n'a pas sa place à la maison. Comme toute photographie de l'époque, il naît dans une chambre noire, une boîte fermée où la lumière forme une image, le principe même du sténopé.
Une plaque d'argent polie comme un miroir
Tout commence par une feuille de cuivre recouverte d'une fine couche d'argent, nettoyée puis polie jusqu'au poli miroir, comme le décrit la Historic New Orleans Collection. L'image se forme sur ce métal, pas sur du papier.
La plaque est ensuite enfermée dans une boîte étanche à la lumière, au-dessus d'iode. Les vapeurs réagissent avec l'argent et forment de l'iodure d'argent, sensible à la lumière, jusqu'à ce que la surface vire au jaune. Des vapeurs de brome viendront plus tard augmenter cette sensibilité.
La pose puis la révélation au mercure
La plaque sensibilisée passe directement dans la chambre photographique, munie d'un objectif. Les premières poses duraient de trois à quinze minutes. Avec de meilleurs objectifs et l'ajout du brome, un portrait ne demandait plus qu'environ une minute.
À la sortie de l'appareil, rien ne se voit : l'image est latente. On la développe en posant la plaque face vers le bas au-dessus de mercure chauffé, jusqu'à ce que l'image apparaisse. Le mercure s'amalgame à l'argent et dessine les clairs d'un blanc laiteux.
Reste à fixer l'image pour qu'elle ne change plus. On utilise d'abord une solution de sel de cuisine, puis l'hyposulfite de soude, le fameux « hypo », prend le relais. Un bain de chlorure d'or intensifie ensuite l'image avant un rinçage à l'eau distillée.
Cet hypo avait été proposé par l'astronome John Herschel, celui-là même qui invente le cyanotype en 1842. C'est toujours lui, le thiosulfate de sodium, qui fixe aujourd'hui les tirages noir et blanc.
Une image unique et inversée
Le daguerréotype est un positif direct. Aucun négatif n'est fabriqué, et chaque plaque reste un objet unique, impossible à tirer en plusieurs exemplaires.
L'image est aussi inversée de droite à gauche, comme dans un miroir. On le remarque à peine sur un portrait, mais une enseigne ou une inscription dans une vue de ville se lit à l'envers.
Son poli miroir lui donne un dernier caractère étrange : selon l'angle sous lequel on la regarde, la plaque paraît positive ou négative. Fragile, elle était protégée par un verre et rangée dans un étui.

Marie-Charles-Isidore Choiselat et Stanislas Ratel, Défilé sur le Pont-Royal, daguerréotype, 1er mai 1844. The Metropolitan Museum of Art, New York. Domaine public.
Niépce et Daguerre une association décisive
Louis Daguerre, peintre de décors connu pour son Diorama, un spectacle parisien, cherche dès le milieu des années 1820 à retenir les images de la chambre noire. En 1829, il s'associe avec Nicéphore Niépce, qui travaille au même problème et a déjà obtenu des images durables.
Niépce meurt en 1833 sans que les deux associés aient trouvé de procédé fiable, et Daguerre poursuit seul. Le 7 janvier 1839, ses images sont montrées à l'Académie des sciences. Le 19 août 1839, François Arago présente le procédé devant l'Académie des sciences et l'Académie des beaux-arts réunies.
L'État accorde à Daguerre une pension à vie en échange des droits sur son procédé, qui tombe dans le domaine public, alors que Talbot fera breveter son calotype en 1841. C'est un moment de bascule dans l'histoire de l'image fixée.
Daguerréotype ou calotype
Nés à deux ans d'écart, le daguerréotype rendu public en 1839 et le calotype breveté en 1841 fabriquent deux objets opposés.
- Support : une plaque de cuivre argentée pour le daguerréotype, une feuille de papier pour le calotype.
- Résultat : un positif direct unique d'un côté, un négatif dont on tire des positifs par contact de l'autre.
- Révélation : aux vapeurs de mercure pour l'un, au gallo-nitrate d'argent pour l'autre.
- Rendu : un détail très net et un effet miroir face à une image plus douce, marquée par la fibre du papier.
Le daguerréotype séduit d'abord par sa précision. Mais c'est le principe du négatif, dont on tire autant d'épreuves que l'on veut, qui s'impose dans toute la photographie argentique.
Pourquoi le sténopé descend du calotype
Un sténopé chargé de papier photo produit un négatif sur papier. On le développe dans un révélateur, on le fixe, puis on le retourne en positif par numérisation ou par tirage par contact sur une seconde feuille.
C'est exactement la logique du calotype de Talbot et de son négatif papier, et non celle du daguerréotype. Le sténopé moderne hérite donc du papier et du tirage par contact, pas de la plaque d'argent.
Une nuance s'impose toutefois. Le daguerréotype se faisait dans une chambre munie d'un objectif. Le sténopé au sens strict, sans aucune lentille, ne devient un choix photographique qu'un peu plus tard dans le XIXe siècle.
Pourquoi on ne le refait pas chez soi
La révélation du daguerréotype repose sur du mercure chauffé. Or le mercure est toxique : l'exposition humaine passe principalement par l'inhalation de ses vapeurs, rappelle l'Organisation mondiale de la santé, et ses composés peuvent provoquer des troubles neurologiques.
C'est la raison pour laquelle cette page s'en tient à comprendre le procédé, et les daguerréotypes s'admirent dans les musées. Contrairement au daguerréotype, le négatif papier se réalise à la maison, avec un sténopé chargé de papier comme le Sténoflex mini-labo, qui fournit aussi le révélateur et le fixateur.
Image d'en-tête : portrait de Louis Daguerre, daguerréotype d'un auteur inconnu, vers 1844. The Metropolitan Museum of Art, New York. Domaine public.
Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation au sténopé et au développement argentique.


