Pour un cyanotype sur bois, on ponce une planche claire et non vernie, on l'apprête au besoin, on l'enduit en couches fines des deux sels de fer, on l'expose au soleil un peu plus longtemps que le papier, puis on la rince avec mesure, sans la tremper. Le bois est un support de cyanotype attachant, car la planche garde sa veine et son grain sous le bleu de Prusse, et l'image semble monter du matériau plutôt que se poser dessus. Le procédé reste celui du cyanotype, deux sels de fer, des ultraviolets et de l'eau, mais le bois pose ses propres conditions, une surface qui boit la solution et qui ne supporte pas le rinçage abondant.
En bref, en 5 étapes :
- Choisir, poncer et apprêter le bois
- Enduire le bois et le sécher à l'abri
- Exposer au soleil par contact
- Rincer sans noyer le bois
- Protéger le tirage une fois sec
Cette page traite uniquement du cas du bois et de ce qui change par rapport au papier. Pour le principe du procédé et le tour des autres surfaces, la page supports du cyanotype sert de repère général, et le guide complet du cyanotype resitue l'ensemble si vous débutez.
Choisir poncer et apprêter le bois
Tous les bois ne se valent pas pour le cyanotype. Les essences claires et au grain serré, le tilleul, le bouleau, le peuplier ou un contreplaqué de bonne qualité, donnent le meilleur contraste, car le bleu se lit mieux sur un fond pâle. Le bois brut convient, à condition d'écarter tout panneau déjà vernis, ciré ou peint, car la solution ne pénètre pas une surface fermée, et un médium ou un MDF non traité fonctionne aussi.
Le ponçage décide de la suite. On passe un papier de grain moyen puis un grain fin, dans le sens de la veine, pour ouvrir le bois et lui donner une surface régulière qui boira la solution de façon homogène, puis on retire toute la poussière au chiffon, car la moindre trace empêcherait le contact net entre l'objet et le bois au moment de l'exposition.
Maîtriser l'absorption du bois
Reste l'absorption, car le bois nu boit la solution de manière inégale et le bleu vire alors au flou, plus dense dans les zones poreuses et plus pâle ailleurs. Si le bois boit plus de solution que le papier, c'est à cause de cette porosité, qui varie d'une zone à l'autre de la planche. C'est l'erreur la plus fréquente sur ce support, enduire directement une planche brute et obtenir un fond marbré au lieu d'un aplat propre.
La parade tient en un apprêt, une couche d'acrylique mat ou de médium de fond appliquée fin, qui referme partiellement la porosité avant la sensibilisation, et qu'on ponce très légèrement une fois sèche pour garder une surface mate qui accroche la solution.
Cet apprêt est facultatif pour un rendu fondu où le bleu se mêle au grain, mais pour un motif net il fait toute la différence.

Poncer dans le sens du bois, puis retirer la poussière avant la préparation du support.
Enduire le bois et le sécher à l'abri
La solution est la même que partout, les deux sels de fer mélangés à parts égales, le citrate d'ammonium ferrique et le ferricyanure de potassium. Sous l'effet des UV du soleil, le fer au degré d'oxydation III est réduit en fer II, qui réagit avec le ferricyanure pour former le bleu de Prusse, ce pigment insoluble qui s'ancre dans la fibre du bois. Ces deux sels sont fournis en solution déjà diluée, en flacons de 15 ml, dans le kit de cyanotype, avec deux pipettes de dosage. Le ferricyanure est peu toxique aux doses du procédé, mais peut libérer du cyanure au contact d'un acide ou sous les UV en solution.
Appliquer la solution en couches fines
On applique la solution au pinceau plat doux ou à l'éponge, en couches fines et croisées, dans le sens de la veine. Le bois absorbant plus que le papier, une seconde couche fine après séchage léger de la première assure une densité suffisante sans détremper la surface.
Le séchage se fait à l'abri de la lumière, dans une pièce sombre ou un placard, car la solution est déjà sensible aux UV. Une planche enduite sèche plus lentement que le papier, le bois retenant l'humidité au cœur de la matière, et on attend qu'elle soit sèche au toucher et d'un jaune-vert uniforme avant d'exposer.
Exposer au soleil par contact
On pose le négatif noir et blanc ou l'objet, une feuille, une dentelle, une clé, directement sur le bois en assurant un contact franc, au besoin sous une plaque de verre.
L'insolation dure de quelques minutes en plein soleil d'été à plusieurs dizaines de minutes par temps couvert, et le bois demande souvent un peu plus que le papier car sa surface est moins réactive. Le repère fiable reste le virage de couleur, la zone exposée passant du jaune-vert à un bleu-gris bronzé, et quand ce ton apparaît nettement l'exposition est suffisante.
Rincer un cyanotype sur bois sans le noyer
Le rinçage est le point où le bois se distingue le plus du papier. On ne peut pas plonger une planche sous un filet d'eau abondant pendant de longues minutes, car le bois gonfle, se voile et peut se fendre, et un excès d'eau délave le pigment encore fragile en surface.
On rince donc avec mesure, à l'eau froide, en passant doucement la surface sous un faible débit ou à l'éponge humide bien essorée, juste le temps d'évacuer les sels non exposés qui rendraient le bois collant.
L'objectif est d'arrêter la réaction et de nettoyer le fond, pas de tremper la planche. On laisse ensuite sécher à plat, à l'abri du soleil direct, et le bleu fonce pendant les heures qui suivent à mesure que le pigment s'oxyde.
Protéger le tirage une fois sec
Un cyanotype sur bois sec gagne à recevoir une protection, car le pigment reste en surface et le bois sera manipulé. Une couche de vernis acrylique mat en aérosol, appliquée à distance en voile léger, protège le bleu sans le ternir, et on évite les vernis et cires de teinte chaude qui le virent vers le vert, en testant toujours sur une chute avant de traiter la pièce finale.
Comme le bois brut, la toile à peindre non apprêtée boit la solution dans sa fibre et se prête au même rendu fondu où le bleu monte du matériau. Le bois rejoint en cela les autres surfaces où l'apprêt et le contact priment sur la chimie qui ne change jamais, qu'il s'agisse du verre rigide ou du cyanotype sur tissu souple.
Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.


