Cyanotype dont le bleu s'intensifie au contact de l'eau oxygénée dans un bac de rinçage

Intensifier le bleu d'un cyanotype à l'eau oxygénée

Écrit par Éric Marais

Au sortir du rinçage, un cyanotype frais paraît souvent plus terne qu'il ne le deviendra, car une partie de la couleur ne se révèle qu'en séchant, au fil des heures, à mesure que l'air oxyde le pigment. L'eau oxygénée ne fait qu'une chose, elle déclenche d'un coup cette oxydation que l'on attendrait sinon de l'air et du temps.

Cette page reste sur ce geste précis, le bain d'eau oxygénée qui intensifie le bleu juste après le rinçage. Elle prolonge notre guide sur le rinçage du cyanotype et s'arrête là où commencent les virages de couleur, qui visent à changer la teinte et non à raviver le bleu du cyanotype d'origine.

Pourquoi un cyanotype fonce en séchant

Pour comprendre l'eau oxygénée, il faut revenir une seconde à la chimie du procédé. Sous l'effet des UV du soleil, le fer change d'état, le fer au degré d'oxydation III est réduit en fer II, qui réagit alors avec le ferricyanure pour former le bleu de Prusse, le pigment insoluble qui dessine l'image.

Le ferricyanure est peu toxique aux doses du procédé, mais peut libérer du cyanure au contact d'un acide ou sous les UV en solution.

Au moment du rinçage, cette réaction n'est pas tout à fait achevée. Une part du bleu de Prusse est encore sous une forme pâle et partiellement réduite, et c'est l'oxygène de l'air qui la fait passer à sa forme bleue pleine et stable, ce qui explique qu'un tirage continue de foncer pendant plusieurs heures après le séchage, parfois jusqu'au lendemain.

Cette oxydation lente est le cours naturel des choses et un tirage rincé puis séché à l'ombre finira par atteindre sa couleur définitive sans aucune intervention. L'eau oxygénée n'ajoute donc pas de bleu, elle ne fait qu'amener tout de suite le tirage au terme de cette oxydation.

Ce que fait l'eau oxygénée sur le bleu

L'eau oxygénée, ou peroxyde d'hydrogène, est un oxydant doux que l'on trouve en pharmacie. Passé dans un bain qui en contient un peu, le tirage encore humide voit son bleu s'intensifier sous les yeux, en quelques secondes, pour atteindre d'emblée la densité qu'il n'aurait prise qu'après une nuit de séchage.

L'effet est spectaculaire à observer mais il faut en comprendre la portée exacte. Le bain ne crée pas une couleur que le tirage n'aurait jamais atteinte, il anticipe seulement l'état final, et un cyanotype correctement exposé et rincé donnera, avec ou sans eau oxygénée, à peu près le même bleu une fois parfaitement sec.

Son intérêt est malgré tout réel. Il permet de juger immédiatement le résultat quand on enchaîne les essais et qu'on ne veut pas attendre le lendemain pour savoir si une exposition était juste, et il offre la satisfaction de voir le bleu profond apparaître d'un coup, un moment apprécié en atelier, notamment avec les enfants.

À quelle dilution utiliser l'eau oxygénée

Le bain se prépare très dilué, car le peroxyde d'hydrogène agit vite et fort. L'eau oxygénée vendue en pharmacie titre le plus souvent à 3 pour cent, soit 10 volumes, et c'est cette forme courante qui sert de base au dosage.

En pratique, une cuillère à soupe de cette eau oxygénée à 3 pour cent dans un litre d'eau claire suffit largement. On reste dans des proportions modestes, de l'ordre de quelques millilitres par litre, car un bain trop concentré n'intensifie pas davantage le bleu et risque seulement d'agresser le papier et la couche sensible.

Mieux vaut commencer faible, car l'effet plafonne vite et l'eau oxygénée ne fait jamais plus que mener le pigment à sa forme stable.

La méthode pas à pas après le rinçage

Le bain d'eau oxygénée intervient à la toute fin, une fois le tirage déjà rincé, car le rinçage à l'eau claire reste l'étape qui évacue les sels de fer non exposés et fixe réellement l'image. L'eau oxygénée ne le remplace pas et n'a de sens qu'après lui.

  1. Rincez d’abord le tirage à l’eau claire jusqu’à ce que l’eau soit limpide et ne charrie plus de jaune-vert.
  2. Immergez-le dans le bain dilué d’eau oxygénée, quelques secondes à une minute, pour voir le bleu foncer.
  3. Terminez par un court rinçage à l’eau claire pour éliminer le reste de peroxyde.
  4. Laissez sécher à plat, à l’abri de la lumière directe.

Le résultat est alors très proche de la couleur définitive.

Des mains gantées maintiennent un cyanotype de feuille par sa marge dans un bain clair, près d’un second bac.

Manipulation par la marge d’un tirage déjà rincé dans un bain de finition. La couleur montrée n’est pas une mesure d’intensification.

Les limites et les précautions du bain

L'eau oxygénée ne rattrape pas un tirage raté. Un cyanotype sous-exposé restera pâle et délavé même après le bain, car l'oxydation ne révèle que le bleu réellement formé pendant l'insolation. Si vos tirages sortent systématiquement clairs, le remède passe par une exposition plus longue.

Côté précautions, l'eau oxygénée de pharmacie à 3 pour cent reste un produit doux à cette dilution, mais on travaille tout de même avec des gants et dans une pièce aérée, comme pour le reste du procédé. On évite les concentrations plus élevées vendues pour d'autres usages, inutiles ici et plus agressives pour la peau comme pour le papier.

Un raccourci utile et non un secret

L'eau oxygénée est un outil commode pour qui veut voir tout de suite où il en est, et c'est à ce titre qu'elle a sa place dans la trousse du cyanotype. Elle ne transforme pas un tirage ordinaire en tirage exceptionnel, elle abrège seulement l'attente de l'oxydation et donne une lecture immédiate du bleu final.

Là où l'eau oxygénée pousse le bleu vers sa pleine densité, le geste inverse éclaircit un cyanotype trop foncé dont les ombres se sont bouchées, au moyen cette fois d'un bain alcalin doux.

Le bleu profond reste avant tout le fruit d'un papier bien sensibilisé, d'une exposition juste et d'un rinçage soigné. Pour s'exercer à ces gestes avec les deux sels et un papier adapté, le kit cyanotype Stenoflex réunit le ferricyanure, le citrate ferrique, le papier aquarelle et les pipettes des premiers tirages.

Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.