Pour un cyanotype végétal, on pose une plante plate et découpée sur un papier enduit des deux sels de fer et bien sec, on la presse sous une vitre, on l'expose au soleil jusqu'au virage bleu-gris bronzé, puis on rince à l'eau froide pour révéler sa silhouette blanche.
Une fougère, une ombelle de carotte sauvage, une simple feuille de ginkgo posées sur du papier bleu, et c'est tout l'attrait du cyanotype végétal qui tient là, dans cette empreinte blanche d'une plante imprimée par le soleil sans appareil ni objectif. Le procédé ne demande aucun négatif, la plante elle-même fait l'image en bloquant la lumière, ce qui en fait la porte d'entrée la plus directe du bleu de Prusse.
Cette page rassemble la méthode générale pour imprimer les plantes en cyanotype, du choix du végétal à la lecture de son empreinte après rinçage. Elle reste sur la marche commune à toutes les plantes et renvoie aux pages dédiées pour les cas particuliers. Si vous débutez, le guide complet du cyanotype resitue la chimie et les étapes avant d'aborder le travail botanique.
Le photogramme végétal sans appareil
Imprimer une plante en cyanotype, c'est faire un photogramme, une image obtenue par simple contact d'un objet sur une surface sensible, sans appareil ni négatif. Le végétal joue le rôle du sujet et du pochoir à la fois, posé directement sur le papier enduit, il arrête les rayons là où il touche.
Sous l'effet des UV du soleil, le fer change d'état. Le fer au degré d'oxydation III est réduit en fer II, qui réagit alors avec le ferricyanure pour former le bleu de Prusse, un pigment insoluble.
Là où la plante a couvert le papier, aucun ultraviolet n'est passé, le fer n'a pas réagi et partira au rinçage, laissant le blanc du papier dessiner la silhouette du feuillage. Le ferricyanure est peu toxique aux doses du procédé, mais peut libérer du cyanure au contact d'un acide ou sous les UV en solution.
C'est ce contraste qui fait l'empreinte, un fond bleu profond là où le ciel a frappé, une réserve claire à l'exacte forme de la plante. Le rendu montre l'ombre portée du végétal, sa dentelle de nervures traduite en blanc sur bleu.
Cette manière de fixer le monde végétal remonte à l'origine du procédé, puisque Anna Atkins l'a appliquée à la botanique dès 1843 pour son recueil d'algues, souvent cité comme le premier livre illustré de photographies.

Bertha Evelyn Jaques, Untitled, vers 1900. Les feuilles et les fleurs produisent des réserves claires et des transparences différentes. National Gallery of Art, Washington, 2006.133.84. Domaine public.
Quelles plantes choisir pour un cyanotype
Toutes les plantes ne donnent pas la même empreinte, et le choix du végétal décide une grande part du résultat avant même l'exposition. Ce sont les contours qui font l'image, pas la couleur ni le parfum de la fleur.
Les plantes au feuillage découpé et plat impriment les plus belles silhouettes, fougères, graminées, ombellifères, feuilles de gingko ou d'érable, tout ce qui offre une dentelle de nervures et des bords nets se traduit avec netteté en blanc. À l'inverse, une fleur épaisse et charnue, une tige ronde et volumineuse touchent mal le papier et laissent passer la lumière sous leurs bords, ce qui brouille l'empreinte.
Choisir des plantes plates
La planéité compte donc autant que la forme, une plante naturellement plate donne un contact franc et des contours nets, tandis qu'un végétal bombé ne touche que par endroits. Pour les fleurs en volume, on peut :
- écarter les pétales ;
- presser la fleur quelques jours dans un livre ;
- ou accepter une silhouette plus diffuse qui a son charme propre.
Une plante fraîche garde sa souplesse mais son relief adoucit les bords, alors qu'un végétal mis à plat quelques jours entre les pages d'un livre donne un contact parfait, c'est la voie de l'herbier qui rapproche le cyanotype du travail botanique ancien. Ce choix entre fleurs fraîches et fleurs séchées pèse autant sur l'empreinte que la forme de la plante, chacune ayant son rendu.

La monnaie-du-pape est maintenue à plat sous verre, juste avant de porter le montage à la lumière pour l’exposition.
Préparer le papier sensible
Avant de poser la moindre plante, il faut un support enduit des deux sels de fer et parfaitement sec. Le geste se fait à l'abri du soleil, sous une ampoule classique qui émet trop peu d'UV pour insoler le papier.
Pour vous lancer sans doser vous-même les solutions, le kit cyanotype Stenoflex réunit les deux flacons de sels de fer, le papier aquarelle, les pipettes et la notice, de quoi cueillir une fougère et faire votre première empreinte dès le prochain après-midi de soleil.
Enduire au pinceau
On étale au pinceau la solution des deux sels de fer, le citrate d'ammonium ferrique et le ferricyanure de potassium mélangés à parts égales, en couche régulière sur un papier qui aime l'eau. Le papier aquarelle, bien encollé et un peu épais, reste le terrain le plus sûr car il tient la solution sans gondoler ni baver. Ce dosage est identique quel que soit le motif posé ensuite.
Le papier enduit sèche ensuite à plat et à l'abri de la lumière, jusqu'à être parfaitement sec au toucher, car un papier encore humide colle au végétal et donne un contact flou avec des auréoles plus foncées, un effet que la technique du wet cyanotype recherche au contraire volontairement. C'est l'étape que l'on bâcle le plus volontiers et qui sépare pourtant une empreinte nette d'une empreinte molle.
Poser la plante et exposer au soleil
Avant d'insoler, on compose l'empreinte comme on cadrerait une photographie, car rien ne se rattrape une fois le papier au soleil. On ménage une marge autour du motif et l'on laisse respirer chaque silhouette : une feuille isolée se lit comme une planche de botanique, plusieurs éléments répartis composent une scène, et le bleu qui entoure la plante fait autant l'image que la réserve blanche.
Une fois le papier sec, on dispose le végétal par contact et on insole. La qualité de l'empreinte tient dans ce contact, la plante doit toucher le papier sur toute sa surface, sans quoi la lumière se glisse sous les bords et noie les détails.
On presse donc la plante sous une vitre propre ou dans un châssis sous verre, bien à plat, pour plaquer chaque feuille et chaque tige contre le papier, une simple plaque de verre lestée suffisant pourvu que rien ne reste en l'air.
Les parties les plus fines, nervures et bords dentelés, n'impriment que si elles sont vraiment au contact, et c'est ce plaquage régulier qui donne l'empreinte précise plutôt qu'une tache vague.
La durée d'insolation ne se lit pas à la montre mais à l'œil, de quelques minutes en plein soleil d'été à plusieurs dizaines de minutes par temps couvert, sans chiffre absolu.
Le repère fiable est le virage de surface, la solution exposée passant du jaune-vert pâle à un bleu-gris bronzé quand l'exposition suffit, et quand le fond a nettement viré tandis que la silhouette de la plante reste claire dessous, c'est prêt. Mieux vaut dépasser un peu ce moment que s'arrêter trop tôt, car le contraste se renforce et la silhouette ressort plus nette.
Rincer et révéler l'empreinte
Le rinçage est le moment où l'empreinte apparaît. Au sortir du soleil, on rince le papier à l'eau froide claire, abondamment, jusqu'à ce que l'eau ressorte limpide.
Ce rinçage chasse le fer non réagi des zones que la plante a protégées, qui retrouvent le blanc du papier et révèlent la silhouette du feuillage, tandis que le fond bleu de Prusse insoluble reste accroché. On retire la plante au début du rinçage, délicatement, car elle a parfois adhéré au papier humide.
Le bleu continue de se densifier dans les heures qui suivent, en séchant à l'ombre, et une empreinte qui semble pâle juste après le rinçage gagne souvent en intensité une fois sèche, ce qu'il faut savoir avant de juger un tirage raté.
Lire et affiner l'empreinte végétale
Une fois l'empreinte sèche, on apprend à lire ce qu'elle dit du geste, car chaque défaut renvoie à une cause simple. Une silhouette floue aux bords trahit un contact insuffisant, la plante n'a pas touché partout et la lumière a débordé, le remède étant un plaquage plus ferme sous verre.
Une empreinte trop pâle ou délavée signe presque toujours une sous-exposition, on expose alors davantage en se fiant au virage bronzé. Une réserve grise plutôt que blanche signale enfin une plante translucide, qui a laissé filtrer un peu de lumière.
Reste le rendu propre à chaque plante, qu'aucun réglage ne remplace, une fougère donne une dentelle aérienne, une ombelle un éventail de fines tiges, une feuille charnue une masse pleine.
On affine tirage après tirage, en pressant mieux et en ajustant l'exposition, jusqu'à ce que l'empreinte végétale sur le papier traduise exactement ce que le végétal portait de graphique. Pour nuancer les couleurs d'un cyanotype botanique, on vire le tirage sec : un bain de thé ou de café le pousse vers le brun, un bain de curcuma vers le vert et le doré.
De la feuille isolée à l'herbier bleu
La méthode vue ici vaut pour toutes les plantes et pour tous les supports qui acceptent le bleu, et c'est ce qui ouvre le champ une fois le geste acquis.
La même empreinte se compose en planche d'herbier, en motif répété, ou se transporte du papier vers le textile, où une fougère imprimée sur un coussin prolonge le travail botanique, et le cyanotype sur tissu reprend ce geste sur la fibre.
Le végétal s'imprime aussi sur le bois, le verre apprêté ou la toile, parmi les autres supports du cyanotype. Les principes ne changent pas d'un support à l'autre :
- un contact franc de la plante ;
- une exposition lue au virage ;
- un rinçage patient.
Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.


