Illustration épurée des notions clés du lexique du sténopé

Lexique du sténopé

Écrit par Éric Marais

Le sténopé emprunte son vocabulaire à l'optique ancienne et à la chambre noire argentique, et quelques mots reviennent sans cesse dès qu'on s'y met. Cette page les définit simplement, dans l'ordre où on les rencontre en pratique, et renvoie vers l'article qui traite chaque notion en détail, ces mêmes notions que notre guide enchaîne dans le parcours complet d'une photographie au sténopé, de la boîte au tirage.

Le vocabulaire du sténopé et de l'argentique

Sténopé

Un appareil photo réduit à l'essentiel, une boîte noire percée d'un trou minuscule qui remplace l'objectif. Le mot vient du grec stenos (étroit) et ope (trou), soit littéralement un trou étroit, et en anglais on dit pinhole, le trou d'épingle. C'est aussi le nom du trou lui-même.

Ses avantages tiennent à cette simplicité : aucun réglage de mise au point, une profondeur de champ quasi totale et un rendu doux.

Camera obscura

L'ancêtre du sténopé, une pièce ou une boîte obscure dans laquelle un petit trou projette sur la paroi opposée l'image inversée du monde extérieur. Le principe est connu depuis l'Antiquité et n'enregistre rien par lui-même, il ne fait que former l'image, que l'on observe ou que l'on relève à la main.

Chambre noire

Le terme désigne deux choses. À l'intérieur de l'appareil, c'est le volume sombre où se forme l'image. En argentique, c'est aussi la pièce où l'on développe les photos à l'abri de la lumière du jour.

Obturateur

Ce qui ouvre et ferme l'entrée de la lumière. Au sténopé il n'a rien de mécanique, c'est le plus souvent un volet ou un morceau de carton qu'on écarte devant le trou pour lancer la pose et qu'on remet en place pour la finir.

Focale

Au sténopé, la distance entre le trou et le papier, c'est-à-dire la profondeur de la boîte. Elle décide de l'angle de vue, une boîte courte cadre large, une boîte longue resserre, et elle commande aussi le diamètre idéal du trou.

Diamètre du trou

La taille de l'ouverture, de l'ordre de quelques dixièmes de millimètre. Le bon diamètre se déduit de la focale plutôt que d'un chiffre unique. Le calculateur sténopé le donne pour votre focale.

Diffraction

Le phénomène par lequel la lumière s'étale quand elle passe par une ouverture très étroite. C'est elle qui interdit de réduire le trou à l'infini pour gagner en netteté, et qui fixe une limite basse au diamètre.

Profondeur de champ

L'étendue de la scène qui paraît nette, du premier plan au lointain. Le trou étant minuscule, le sténopé offre une profondeur de champ quasi totale, tout est à peu près net en même temps, sans réglage de mise au point.

Papier photosensible

La surface qui enregistre l'image. Pour débuter on glisse une feuille de papier photo noir et blanc dans la boîte, sans film, car ce papier se manipule et se développe sous lampe rouge. Pour faire l'expérience vous-même, le Sténoflex contient tout le nécessaire, de la prise de vue au développement.

ASA et sensibilité

La mesure de la réactivité d'une surface à la lumière, exprimée en ASA (ou ISO). Plus elle est élevée, plus la pose est courte. Le papier photo est très peu sensible, de l'ordre de 3 à 6 ISO, ce qui explique les temps de pose longs du sténopé.

Temps de pose

La durée pendant laquelle on laisse entrer la lumière, de quelques secondes en plein soleil à plusieurs minutes voire heures en lumière faible. Faute de mécanisme, on l'estime et on l'ajuste.

Image latente

L'image invisible inscrite dans le papier ou le film après la pose, avant tout développement. Elle existe déjà, fixée dans la matière sensible, mais rien n'apparaît tant qu'on ne la révèle pas par bain chimique.

Révélateur

Le premier bain du développement, qui fait apparaître l'image latente en noircissant les zones qui ont reçu la lumière. C'est l'étape où l'image surgit peu à peu sous vos yeux, à la lampe rouge.

Bain d'arrêt

Le bain intermédiaire, souvent de l'eau ou un acide doux, qui stoppe net l'action du révélateur pour qu'elle n'aille pas trop loin. Il protège aussi le bain suivant en évitant que le révélateur ne le contamine.

Fixateur

Le dernier bain chimique, qui rend l'image stable et insensible à la lumière en éliminant la matière sensible non exposée. Une fois fixée et rincée, la photo peut être sortie au grand jour sans crainte.

Lumière inactinique

Une lumière à laquelle la surface sensible réagit très peu, en pratique la lampe rouge de la chambre noire. Le papier noir et blanc y étant peu sensible, on charge la boîte, on développe et on suit l'image apparaître sans la voiler, à condition de garder la lampe à bonne distance.

Négatif

L'image obtenue en première intention, où les tons sont inversés, le clair devenu sombre et l'inverse. Au sténopé sur papier on récolte un négatif papier, qu'on scanne puis inverse, ou qu'on retire par contact pour obtenir un positif.

Négatif papier sténopé et son positif après inversion, comparaison côte à côte
Schéma légendé d'un appareil sténopé en boîte : trou d'épingle, obturateur en carton, focale et papier photosensible
Image sténopé qui apparaît dans le bain de révélateur sous lampe rouge en chambre noire

Le vocabulaire du cyanotype

Cyanotype

Procédé photographique mis au point par John Herschel en 1842. Des sels de fer étalés sur le papier réagissent aux ultraviolets et donnent, après un simple rinçage à l'eau, une image d'un bleu profond.

Bleu de Prusse

Le pigment qui forme l'image du cyanotype. Stable dans le temps, il peut pâlir sous une exposition prolongée à la lumière puis se régénérer en partie dans l'obscurité, et il craint les milieux alcalins.

Citrate d'ammonium ferrique

Le sel de fer sensible à la lumière. Sous les ultraviolets, son fer passe de l'état ferrique à l'état ferreux, ce qui amorce la formation du bleu.

Ferricyanure de potassium

Le second sel du mélange, qui se combine au fer réduit pour former le bleu de Prusse. Peu toxique aux doses du procédé, il peut libérer du cyanure au contact d'un acide ou sous les UV en solution : il ne doit donc jamais être mis au contact d'un acide.

Sensibiliser

Étaler sur le papier le mélange à parts égales des deux solutions, puis le laisser sécher dans la pénombre. Le papier devient alors sensible aux ultraviolets.

Insolation

L'exposition du papier sensibilisé aux ultraviolets, au soleil ou sous une lampe. Elle dure de quelques minutes en plein été à bien plus longtemps par ciel couvert ou en hiver.

Photogramme

Le photogramme est une image obtenue sans appareil, en posant des objets ou des plantes directement sur le papier sensible. Les formes protégées de la lumière restent blanches sur fond bleu.

Virage

Un bain appliqué après le rinçage, au thé, au café ou à d'autres tanins, qui change la couleur du tirage vers le brun, le violet ou le noir.

Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation au sténopé et au développement argentique.