Pour un cyanotype sur galet :
- choisissez une pierre poreuse et mate, ou dépolissez un galet trop lisse ;
- enduisez en couches fines la face à imprimer ;
- exposez-la au soleil avec une feuille ou une dentelle posée dessus ;
- rincez sous un filet d'eau très doux.
Un galet ramassé sur une plage retient déjà l'œil par sa forme et son poli, et le cyanotype y ajoute une empreinte bleue qui semble venir de la mer plutôt que d'un atelier. La pierre est un support inattendu mais fidèle au procédé, deux sels de fer, des ultraviolets et un peu d'eau, à condition d'accepter ce que le minéral impose, une surface souvent bombée et une porosité qui change du tout au tout d'une roche à l'autre.
Cette page traite uniquement du galet et de la pierre, et de ce qui les distingue d'une feuille bien plate.
Comprendre la porosité de la pierre
Toute la réussite se joue sur la capacité du minéral à retenir un instant la solution de fer. Une pierre poreuse et mate, le calcaire, le grès, le tuffeau ou une ardoise au grain ouvert, boit la solution et la garde le temps que la réaction s'accomplisse, alors qu'un galet de mer très lisse, le silex ou le quartz poli par l'eau, présente une surface fermée sur laquelle la solution perle et glisse sans accrocher.
C'est la première chose à vérifier, une goutte d'eau déposée sur la pierre, car si elle pénètre lentement le support convient, et si elle reste en bille brillante il faudra ouvrir la surface ou changer de galet.
On nettoie d'abord la pierre à l'eau claire et on la laisse sécher complètement, car le sel marin et la poussière empêchent un dépôt régulier. Sur un galet trop poli, un passage léger au papier abrasif fin dépolit la zone à enduire et lui rend juste assez de grain pour retenir la solution.

Examiner la surface d’un galet avant l’enduction, en distinguant la pierre mate d’un support très poli.
Enduire une surface qui boit et qui se bombe
La solution ne change pas, les deux sels de fer mélangés à parts égales, le citrate d'ammonium ferrique et le ferricyanure de potassium. Sous l'effet des UV du soleil, le fer au degré d'oxydation III est réduit en fer II, qui réagit avec le ferricyanure pour former le bleu de Prusse, ce pigment insoluble qui s'ancre à même le minéral. Le kit cyanotype fournit ces deux sels en flacons, avec deux pipettes de dosage. Le ferricyanure est peu toxique aux doses du procédé, mais peut libérer du cyanure au contact d'un acide ou sous les UV en solution.
Plusieurs couches fines plutôt qu'une épaisse
On applique au pinceau souple, en couches fines, sur la seule face que l'on veut imprimer. La pierre absorbe souvent beaucoup, et l'erreur fréquente est de charger une seule couche épaisse qui sèche en croûte irrégulière, alors qu'une première couche fine suivie d'une seconde après séchage léger donne un fond plus dense. Sur un galet bombé, on tourne la pierre au fur et à mesure pour suivre la courbure et éviter les coulures.
Le séchage se fait à l'abri de la lumière, dans un placard ou une pièce sombre, car la solution est déjà sensible aux UV. On attend que la pierre soit sèche au toucher et d'un jaune-vert uniforme, ce qui peut être plus long que sur papier car le minéral retient l'humidité.
Exposer une surface non plane
Ici la pierre s'éloigne nettement du papier, car la technique du contact qui fait la finesse du cyanotype suppose une surface plane sur laquelle plaquer un négatif ou un objet. Sur un galet bombé, ce contact franc est impossible à tenir, et l'image perd en netteté dès qu'on s'écarte du sommet de la courbure.
Le bon usage de la pierre est donc plutôt le photogramme, en posant directement sur la surface enduite des éléments souples qui épousent un peu la forme, une feuille fine, une herbe, une dentelle. Pour reporter une photographie il faut un négatif transparent à la taille du tirage posé par contact, ce qui réclame une face presque plate, une dalle ou une ardoise, plutôt qu'un galet rond.
L'insolation se lit au virage de couleur, la zone exposée passant du jaune-vert à un bleu-gris bronzé, et en plein soleil quelques minutes à une dizaine de minutes suffisent souvent.
Rincer la pierre sans noyer le bleu
Le rinçage est le point le plus délicat sur le minéral, et il rejoint la limite déjà connue des supports non absorbants. On ne plonge pas un galet dans un bain prolongé, car le pigment encore fragile reste en surface et un rinçage abondant le délave avant même qu'il ait foncé. On passe donc la pierre sous un filet d'eau froide très doux, ou on l'essuie avec une éponge humide bien essorée, juste le temps d'évacuer les sels non exposés.
L'objectif est d'arrêter la réaction et de nettoyer le fond, pas de tremper la pierre. On laisse ensuite sécher à plat, à l'abri du soleil direct, et le bleu fonce pendant les heures qui suivent à mesure que le pigment s'oxyde.
La pierre ne donne jamais les noirs profonds d'un beau papier, le pigment se posant en surface plutôt que de s'ancrer dans une fibre, et il faut accepter un bleu plus discret qui dialogue avec la teinte de la roche.
Vivre avec les limites du support
Un cyanotype sur galet sec gagne à recevoir une protection, car le pigment reste en surface et la pierre sera prise en main. Un vernis acrylique mat en aérosol, appliqué à distance en voile léger, protège le bleu sans le ternir, et l'on teste toujours sur un galet d'essai avant la pièce que l'on tient.
La pierre rejoint ainsi les autres surfaces fermées où l'apprêt et la mesure du rinçage priment sur une chimie qui ne change jamais, qu'il s'agisse du verre rigide, de la céramique émaillée ou du bois qui boit l'eau.
Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.


