Épreuves de cyanotype raté pâle et délavé alignées sur un plan de travail en bois

Diagnostiquer un cyanotype raté pâle ou délavé symptôme par symptôme

Écrit par Éric Marais

Un cyanotype pâle vient presque toujours d'une sous-exposition, trop peu de fer ayant réagi au soleil, tandis qu'un tirage qui se délave dans l'eau trahit plutôt un rinçage trop agité ou trop chaud, ou un papier inadapté.

Un cyanotype qui ressort pâle, qui s'efface dans l'eau ou qui se tache déçoit toujours, d'autant que le procédé paraît simple et que l'on s'attendait à ce bleu profond promis par la chimie. En atelier, on observe que presque tous ces ratés tiennent à deux ou trois causes récurrentes, et qu'un symptôme précis pointe le plus souvent vers une cause précise, donc vers une correction claire.

Le plus simple est de partir de ce que vous voyez sur le tirage pour remonter à ce qui l'a provoqué. On s'en tient ici à l'identification du problème, le détail des gestes étant traité ailleurs, car la façon de rincer un cyanotype et celle d'exposer au soleil méritent chacune leur propre traitement. Pour resituer chaque étape dans l'ensemble du procédé, le guide du cyanotype sert de point de départ.

Un cyanotype trop pâle après le rinçage

C'est le raté le plus fréquent de tous. Le tirage paraissait franchement bleu au sortir du soleil, puis il a perdu sa couleur dans l'eau et ressort d'un bleu fade, sans densité, parfois presque gris. Dans la grande majorité des cas, la cause est une sous-exposition, trop peu d'UV ont atteint le papier et trop peu de fer a réagi pour former le bleu de Prusse.

Le piège vient de la couleur trompeuse du papier humide. Fraîchement insolé, l'enduit affiche déjà un bleu-gris qui donne l'impression d'un tirage abouti, alors que le rinçage va emporter tout le fer non réagi et révéler le vrai niveau de bleu, toujours plus clair que ce que l'on voyait au soleil. Un tirage qui semble parfait sur la table d'insolation est presque toujours sous-exposé.

Exposer plus longtemps

La correction consiste à exposer plus longtemps et surtout à se fier au virage de surface plutôt qu'à la montre. Les zones les plus éclairées doivent basculer dans un gris bronzé nettement plus sombre que le bleu final attendu, ce qui paraît contre-intuitif mais reste le repère le plus sûr. Comptez de quelques minutes en plein soleil d'été à plusieurs dizaines de minutes par temps couvert ou en hiver, et prolongez tant que le virage bronzé n'est pas net.

Deux causes secondaires donnent le même symptôme. Une solution trop diluée ou un papier mal enduit déposent trop peu de sels au départ, et un papier sensibilisé depuis longtemps perd de sa sensibilité, ce qui rallonge le temps d'exposition nécessaire. Si vous insolez assez longtemps et que le bleu reste pâle, regardez du côté du dosage et de la fraîcheur du papier.

Trois essais cyanotype secs montrent une pâleur générale, des zones délavées et des irrégularités.

Observer la pâleur, les zones délavées et les irrégularités aide à décrire un essai avant de chercher sa cause.

Un cyanotype qui s'efface ou se délave dans l'eau

Ce symptôme ressemble au précédent mais a une autre origine. Ici le bleu ne manque pas de densité au départ, il part dans l'eau, le rinçage se charge de bleu et la couleur s'en va avec, laissant un tirage affaibli, voire des zones presque effacées. Le problème vient alors du lavage et de ce qui l'entoure.

La cause la plus courante est un rinçage trop agité ou trop chaud. Un jet direct, une eau tiède ou un brassage énergique arrachent le bleu de Prusse encore mal accroché à la fibre, surtout dans les premières secondes. On rince à l'eau froide, en filet doux ou par bains successifs, sans frotter, jusqu'à ce que l'eau cesse de se colorer.

Le papier peut aussi être en cause

Un papier inadapté produit le même effet. Un support trop lisse, couché ou faiblement absorbant retient mal les sels, qui restent en surface et se détachent au lavage. Le papier aquarelle bien grammé ancre le pigment dans la fibre et tient le rinçage, là où un papier d'imprimante se délave presque entièrement.

Le délavage progressif sur tissu relève d'un cas particulier, car le textile demande une fixation propre pour résister aux lavages successifs.

C'est un sujet à part entière, distinct du rinçage d'un tirage papier, et il est traité dans la page consacrée à fixer le cyanotype sur tissu sans délavage. Sur tissu, le motif disparaît au lavage surtout quand le rinçage initial a été écourté ou quand une lessive basique attaque le bleu de Prusse.

Des taches et des auréoles sur le tirage

Les marques irrégulières qui n'appartiennent pas à l'image trahissent presque toujours un problème survenu avant l'insolation, au moment de l'enduction ou du séchage. Le bleu, lui, ne fait que révéler un défaut déjà inscrit dans la couche sensible.

Les auréoles, ces bords plus foncés en forme de marée, viennent d'un papier mal séché ou séché à plat sans précaution, la solution migrant vers les zones encore humides et s'y concentrant. On sèche le papier enduit bien à plat, à l'abri de la lumière, jusqu'à ce qu'il soit parfaitement sec au toucher avant de poser le négatif.

Taches ponctuelles et traces de doigts

Les taches plus claires ou plus sombres ponctuelles viennent souvent d'une enduction inégale, d'un pinceau trop chargé par endroits, d'une goutte tombée sur la couche, ou de doigts qui ont touché la surface sensible et y ont laissé un dépôt. On manipule le papier sensibilisé par les bords et l'on étale la solution en couche régulière, en croisant les passes.

Des points blancs dans une zone bleue signalent en général une poussière ou une bulle prise entre le négatif et le papier pendant l'insolation, qui a bloqué les UV à cet endroit. Un négatif bien plaqué sous une vitre propre, sur une surface dépoussiérée, fait disparaître ce défaut.

Un voile bleu sur les blancs

Quand les zones censées rester blanches prennent un voile bleuté et que l'image perd son contraste, c'est que le papier a reçu des UV là où il n'aurait pas dû, avant ou pendant l'insolation. Le blanc d'un cyanotype est le blanc du papier nu, et tout fer qui a réagi dans ces zones le teinte définitivement.

La cause se trouve le plus souvent dans la manipulation à la lumière. Sensibiliser ou sécher le papier trop près d'une fenêtre, le laisser traîner au jour avant de l'insoler, ou utiliser un papier déjà partiellement voilé par un mauvais stockage suffit à brouiller les blancs. On travaille à la lumière tamisée d'une pièce, à l'écart du soleil direct, et l'on conserve le papier sensible dans une pochette opaque.

Un négatif ou un objet mal plaqué laisse aussi filtrer les UV sur les bords des zones protégées, ce qui empâte les contours et grise les blancs voisins.

Le contact doit être franc et plat sur toute la surface, négatif pressé sous une vitre ou dans un châssis, pour que la frontière entre exposé et protégé reste nette. Un tirage flou trahit de même un mauvais contact, qu'il s'agisse d'un négatif mal plaqué ou d'un papier encore humide qui colle au négatif.

Un bleu terne ou taché de jaune

Un bleu qui manque d'éclat, qui tire vers le terne ou qui garde des traces jaune-vert après séchage signale en général un rinçage incomplet.

Le fer non réagi n'a pas été entièrement éliminé et reste dans la fibre, où il ternit le bleu et peut continuer à le dégrader avec le temps, raison pour laquelle un rinçage mené à son terme conditionne aussi la bonne conservation du tirage dans la durée.

On prolonge alors le rinçage jusqu'à ce que l'eau soit parfaitement claire et que les zones non exposées soient redevenues blanches, sans résidu jaunâtre. Un tirage bien lavé, séché à l'ombre, fonce d'ailleurs naturellement dans les heures qui suivent en s'oxydant à l'air, ce qui fait gagner en profondeur. Cette oxydation et les moyens de la pousser sont abordés dans la page sur intensifier un cyanotype.

Si le bleu reste terne malgré un rinçage complet, le support est souvent en cause, un papier trop acide ou trop chargé en agents de couchage contrarie la formation et la tenue du bleu de Prusse. Le retour à un papier aquarelle neutre et bien grammé résout la plupart de ces cas.

Lire un raté pour progresser

Chaque cyanotype manqué porte en lui l'indice de sa cause, et apprendre à le lire vaut mieux que multiplier les essais à l'aveugle. Un tirage pâle après rinçage renvoie à l'exposition, un tirage qui se délave renvoie au rinçage et au papier, des taches et des auréoles renvoient à l'enduction et au séchage, un voile renvoie à la lumière parasite.

Le défaut inverse, un tirage trop dense aux ombres bouchées, relève quant à lui d'une surexposition et se rattrape parfois en partie au bain alcalin, comme l'explique la page sur la façon d'éclaircir un cyanotype trop foncé. En isolant un symptôme à la fois, on remonte vite à la correction.

Pour écarter d'emblée les causes liées au support, le kit cyanotype Stenoflex réunit les deux sels de fer et un papier aquarelle adapté au procédé, de quoi concentrer le diagnostic sur le geste plutôt que sur la matière.

Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.