Il arrive qu'un cyanotype ressorte trop foncé, un bleu si dense que les ombres se bouchent et que les détails s'y noient. Le bleu de Prusse réagit à un bain alcalin doux qui l'éclaircit de façon progressive, ce qui laisse la possibilité de ramener un tirage trop sombre à une densité plus juste, à condition d'arrêter le bain au bon moment.
On reste ici sur ce seul geste, éclaircir un tirage déjà sec ressorti trop dense, en gardant la main pour ne pas tout effacer. Cette page prolonge notre guide sur le rinçage du cyanotype et s'appuie sur le guide du cyanotype. Elle se distingue du cas inverse, le tirage pâle et délavé, qui relève d'un défaut et non d'un choix.
Pourquoi un cyanotype ressort trop foncé
Un tirage trop sombre vient presque toujours d'une surexposition, le papier a reçu plus d'UV qu'il n'en fallait et le fer a réagi sur la quasi-totalité de la surface. Le bleu y atteint sa densité maximale partout, les valeurs se tassent et les demi-tons disparaissent, surtout dans les ombres qui se referment en un bleu uniforme.
Un négatif trop peu contrasté donne le même résultat, et en atelier on l'observe aussi quand le tirage est resté quelques minutes de trop au soleil. Éclaircir reste alors un rattrapage, jamais une étape de la recette ni un substitut à une exposition mieux réglée la fois suivante.
Le bicarbonate de soude en bain alcalin doux
Le bleu de Prusse est sensible aux milieux alcalins, qui lui retirent peu à peu son fer et l'éclaircissent. Parmi ces produits, le bicarbonate de soude de cuisine est le plus doux, donc le plus facile à maîtriser, là où le carbonate de sodium ou les cristaux de soude, beaucoup plus puissants, font basculer le tirage vers la décoloration en quelques instants.
C'est cette lenteur qui nous intéresse, car l'éclaircissement se voit venir et l'on garde le temps de sortir le tirage avant qu'il ne pâlisse trop, quand un bain plus agressif passe du trop foncé au presque effacé sans étape intermédiaire.
Il faut distinguer cet usage de celui du même produit comme étape de virage, où l'éclaircissement n'est qu'un préalable à une mise en couleur. Ici l'intention est tout autre, on cherche seulement à ramener un bleu trop dense à une densité juste. Non, l'eau oxygénée n'éclaircit pas un cyanotype : elle agit à l'inverse, en poussant d'un coup le bleu vers sa pleine densité.
La méthode pas à pas pour éclaircir
- On part d'un tirage déjà rincé et sec, dont l'oxydation est terminée, faute de quoi on confondrait une densité encore en train de monter avec un réel excès.
- On prépare un bain très dilué, de l'ordre d'une pincée de bicarbonate par litre d'eau froide, que l'on ajuste selon l'ampleur de la correction. Mieux vaut commencer faible et prolonger le bain que charger la solution, car un bain trop concentré éclaircit trop vite pour qu'on puisse le contrôler.
- L'éclaircissement se fait sous surveillance constante, le bleu s'allège peu à peu et un papier humide reste toujours plus sombre qu'une fois sec, si bien qu'on sort le tirage un cran avant le point visé.
- On le rince aussitôt à l'eau claire pour stopper l'action du bicarbonate, sans quoi l'éclaircissement continuerait dans la fibre encore imbibée, puis on laisse sécher à plat, à l'abri de la lumière directe, comme pour tout tirage.
Garder le contrôle sans tout effacer
Le bicarbonate retire du fer au bleu de Prusse et ce fer ne revient pas, si bien qu'un tirage trop éclairci ne se renforce plus, ce qui rend le bain délicat malgré sa simplicité apparente.
La règle la plus sûre est de procéder par passages courts, on trempe le tirage quelques secondes, on le sort pour juger à plat hors du bain, puis on le replonge si besoin, de façon à avancer par petits paliers et à s'arrêter exactement où l'on veut.
L'éclaircissement n'est pas non plus toujours uniforme, les zones les plus chargées en bleu cèdent un peu plus vite que les autres, ce qui rééquilibre souvent un tirage aux ombres bouchées et peut rouvrir des détails noyés dans le sombre, à condition de s'arrêter avant que l'ensemble ne pâlisse.
Un tirage pâli par la lumière retrouve en général une bonne partie de sa densité après quelques jours dans l'obscurité, une propriété connue du bleu de Prusse.

Comparer des essais secs avant d’éclaircir le tirage entier. Ces densités illustratives ne garantissent pas un résultat de bain.
Les précautions du bain alcalin
Même doux, le bicarbonate reste un produit alcalin et l'on travaille :
- avec des gants ;
- dans une pièce aérée ;
- sans projeter la solution vers les yeux ni la mélanger à un produit acide.
L'éclaircissement modifie aussi légèrement la teinte du bleu, qui peut tirer vers un ton un peu plus froid selon la durée du bain, effet logique d'un procédé qui retire du pigment et qui reste discret tant que le bain demeure mesuré.
Un rattrapage utile à connaître
Éclaircir un cyanotype trop foncé tient dans un bain alcalin doux que l'on dose faible, que l'on surveille et que l'on arrête au bon moment par un rinçage franc. Il sauve un tirage dont les ombres se sont bouchées sans remplacer une insolation mieux réglée, qui reste la vraie réponse à un bleu systématiquement trop dense.
Pour s'exercer à ces ajustements avec les deux sels et un papier qui tient les bains, le kit cyanotype Stenoflex réunit le ferricyanure, le citrate ferrique, le papier aquarelle et les pipettes des premiers tirages. Le ferricyanure est peu toxique aux doses du procédé, mais peut libérer du cyanure au contact d'un acide ou sous les UV en solution.
Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.


