Comparaison d'un cyanotype bleu de Prusse et d'un cyanotype viré au vert avec du curcuma sur une table d'atelier

Comment faire un cyanotype vert plutôt que bleu

Écrit par Éric Marais

Le cyanotype ne connaît qu'une seule couleur native, le bleu de Prusse, et c'est elle qui sort du rinçage quel que soit le papier ou la lumière. Pour obtenir du vert, il faut donc agir après coup, en faisant réagir ce bleu déjà formé avec une matière colorante jaune, le plus souvent un tanin végétal qui se dépose sur le tirage et se superpose au pigment bleu.

Cette page fait le tour des voies qui mènent au vert et de ce qu'on peut en attendre, sans entrer dans le détail de chaque recette. Le vert relève des virages du cyanotype, ces façons de déplacer la couleur d'un tirage, et sa méthode la plus fiable est le virage au curcuma. Les bases du procédé, de la solution au rinçage, sont réunies dans notre guide du cyanotype.

Pourquoi le cyanotype est bleu et jamais vert

Le bleu naît directement de la chimie. Sous l'effet des UV du soleil, le fer change d'état, le fer au degré d'oxydation III est réduit en fer II, qui réagit alors avec le ferricyanure pour former le bleu de Prusse, un pigment insoluble et profondément bleu qui dessine l'image. Avant le rinçage, le tirage paraît vert-jaune parce que les sels de fer non insolés, jaunes, s'y trouvent encore ; l'eau les emporte et révèle le bleu. Le ferricyanure est peu toxique aux doses du procédé, mais peut libérer du cyanure au contact d'un acide ou sous les UV en solution.

Le vert vient d'un second pigment

Il n'existe pas de réglage du procédé qui ferait sortir un vert à la place de ce bleu. Le vert ne peut donc venir que d'un second pigment, jaune, ajouté par-dessus le bleu de Prusse, et c'est la superposition optique du jaune et du bleu qui donne au regard l'impression de vert, plus ou moins franc selon la densité de chacun.

La même logique vaut pour les tons rouges et pourpres, où c'est un colorant rouge qui prend la place du jaune au-dessus du bleu.

Le curcuma pour obtenir le vert simplement

La méthode la plus accessible passe par le curcuma, dont la poudre contient un colorant jaune intense, la curcumine, qui se fixe volontiers sur le papier. Un tirage bleu trempé dans une infusion de curcuma se charge d'un voile jaune qui se mêle au bleu sous-jacent, et l'on voit alors le bleu glisser vers un vert profond, parfois presque sapin selon le temps de bain.

C'est la voie à privilégier pour un premier vert, parce qu'elle est lisible et facile à doser, le jaune montant progressivement à mesure que le tirage trempe. Le détail des proportions, du temps de bain et de la tenue de la couleur dans le temps est traité à part dans la page consacrée au cyanotype au curcuma, qui en fait la recette de référence.

Une limite mérite d'être connue dès maintenant. La curcumine est un jaune sensible à la lumière, et un vert obtenu au curcuma peut s'éclaircir avec le temps s'il reste exposé en pleine lumière, le jaune s'effaçant peu à peu pour laisser réapparaître le bleu d'origine.

Les autres tanins et bains végétaux

Le curcuma n'est pas la seule source de jaune. D'autres végétaux riches en tanins ou en colorants peuvent teinter un cyanotype et le pousser vers le vert ou vers des bruns verdâtres, comme une infusion concentrée de thé, certaines écorces ou des décoctions de plantes tinctoriales. Le principe reste le même, déposer une couche jaune ou brune sur le bleu déjà fixé.

Ces bains sont plus capricieux que le curcuma. Beaucoup de tanins agissent surtout en brunissant le bleu plutôt qu'en le verdissant nettement, car ils déplacent la teinte vers le brun avant d'atteindre un vert lisible, ce qui les rapproche des virages au tanin classiques plus que d'une recette de vert proprement dite.

Ils valent donc surtout pour qui aime expérimenter et accepter une part d'aléa, chaque plante, chaque eau et chaque papier donnant un résultat un peu différent. Pour un vert prévisible et répétable, le curcuma reste plus sûr que ces décoctions.

Une main gantée soulève la marge d’un essai végétal vert-olive grisé sur papier beige.

Examen d’un essai aux tons vert-olive grisés, avec des réserves beige clair. Cette teinte reste un repère visuel, sans résultat chimique garanti.

Ne pas confondre le vert avec le bleu fané

Tous les verts ne se valent pas, et certains ne sont que des accidents. Un cyanotype mal lavé ou attaqué par un produit basique peut prendre une teinte vert-de-gris terne qui n'a rien d'un virage volontaire, le bleu de Prusse étant sensible aux solutions alcalines qui le dégradent et le verdissent.

Ce vert-là est un signe de fragilité et non un effet recherché, et il s'accompagne souvent d'une perte de densité. Le vert que l'on vise par le curcuma part au contraire d'un bleu sain et bien rincé, sur lequel on dépose un jaune franc, ce qui suppose un tirage de départ correctement formé et lavé.

Choisir sa voie vers le vert

Pour un vert net et maîtrisé, le curcuma est le point de départ, et c'est là qu'il faut aller chercher la méthode complète. Pour des verts plus sourds ou des bruns verdâtres aux accents naturels, les bains de tanins ouvrent un terrain d'essais, à condition d'accepter leur imprévisibilité.

Et si c'est l'idée de changer la couleur du bleu qui vous attire plus largement, notre guide des virages du cyanotype en donne la vue d'ensemble, du vert au violet en passant par les bruns.

  • Pour un vert net : commencez par le curcuma.
  • Pour des verts plus sourds ou des bruns verdâtres : essayez les bains de tanins en acceptant leur imprévisibilité.

Tout part malgré tout d'un bleu de Prusse bien formé, car aucun virage ne rattrape un tirage pâle ou mal exposé. Pour s'exercer sur des bases solides avant de chercher le vert, le kit cyanotype Stenoflex réunit le ferricyanure, le citrate ferrique, le papier aquarelle et les pipettes des premiers tirages, sur lesquels les essais de couleur prennent ensuite tout leur sens.

Eric Marais — Photographe, auteur de deux ouvrages sur le sténopé (éditions Pearson) et créateur du Sténoflex. Il anime depuis l'origine des ateliers d'initiation à la photographie alternative, du sténopé au cyanotype.